Affichage des articles dont le libellé est Guerres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Guerres. Afficher tous les articles

lundi 4 mai 2026

Courte et tragique histoire du maquis de Corny

Tract de la France Combattante parachuté 
en mai et juin 1944 par les avions alliés

C'est en 1943 qu'un maquis fut organisé dans les bois de Corny, pour quelques mois seulement, avec une fin bien tragique. 

A l'origine, deux organisations résistantes - Vengeance, basée à Rouen et l'OCM, Organisation Civile et Militaire des Andelys - créèrent un premier maquis destiné à regrouper des combattants pour préparer l'arrivée des alliés. Il fut constitué au Val Saint Martin, dans des grottes sur la falaise qui surplombe la Seine, au lieu dit du "Moulin de la folie". Suite à une dénonciation, les maquisards durent quitter précipitamment leur cachette, et certains se réfugièrent dans des bois près de Corny.

Un nouveau maquis se constitua alors, baptisé "France libre", et situé dans le bois de la Charbonnière, à la sortie de Corny, sur la route qui mène à Fresne l'Archevêque. Marcel Dubois, maire de Corny, alors membre de l'état major départemental de l'organisation OCM, sous l'alias Colonel Delouvain, alimenta en eau et en vivres le nouvel abri, constitué d'une cabane de feuillage et de branchage construite dans un trou d'où l'on extrayait autrefois les silex pour la réfection des routes. 

Le bois de la Charbonnière à Corny

La direction du Maquis fut confiée à Maurice Langlais, natif de Rouen, membre du réseau Vengeance, au parcours pour le moins compliqué et insolite pendant la guerre. En effet, après avoir œuvré dans le réseau Vengeance à Rouen, et publié un journal résistant clandestin "Honneur et Patrie", il rejoignit la très pétainiste LVF (Ligue Française des Volontaires contre le bolchévisme), afin, selon lui, d'entraver la propagande allemande. Il quitta cette organisation en volant du matériel lui permettant ensuite d'imprimer son journal. Fin 1942, alors qu'il était poursuivi par la Gestapo, il partit en Allemagne pour le STO (Service du Travail Obligatoire), d'où il aurait permis l'évasion de prisonniers français, sans jamais être inquiété par les autorités. De retour en France, il reprit contact avec le groupe Vengeance qui lui confia la direction du maquis de Corny : il se baptisa alors "Tigre pensif" et s'attribua lui même le grade de Général. 

Localisation approximative du maquis, 
d'après les indications de Jean Erisay

On ne connaît pas précisément la durée exacte de la brève existence du maquis, ni les actions menées par ses membres. Elles consistaient souvent et d'abord à préparer les assauts des alliés contre l'occupant lorsque le débarquement aurait lieu : formation militaire, vol d'armes et de munitions, sabordages divers, etc. Au quotidien, les maquisards pouvaient saboter les pieux anti parachutes que les allemands installaient un peu partout dans les champs, ou encore, comme ce fut le cas le 11 novembre 1943, placer des drapeaux français ou des fleurs sur les monuments aux morts des villages pour commémorer la victoire de 1918 contre les armées allemandes. 

Bon émis par Maurice Langlais alias
Tigre pensif en 1943, conservé par Jean Erisay

Langlais décida pour financer le maquis d'émettre des bons d'"emprunt national pour la libération" que des résistants aux alentours pouvaient proposer et vendre aux sympathisants. Des fonds furent ainsi collectés, que Langlais dépensa rapidement en fêtes à Paris, où il se rendait avec quelques membres du maquis. L'inaction du maquis, la longue attente du débarquement des alliés, les malversations de Tigre pensif démotivèrent les troupes et un premier maquisard quitta le maquis a l'automne 43. De nombreuses arrestations intervinrent parmi les membres du groupe Vengeance peu après, qui menacèrent encore sa survie. 

En novembre, deux jeunes hommes veulent partir : Roger Guignard et son camarade Fleury Aimé Lefebvre, né en 1925 à Sallaumines, dans une famille de mineur du Pas de Calais. Fleury Lefebvre est l'ordonnance du Tigre pensif et donc le premier témoin de ses manquements. Il semblerait que découragé par cette situation, il ait voulu quitter le maquis de Corny pour s'engager ailleurs ou rentrer chez lui. 

Langlais les fit arrêter et tint un conseil de guerre le 20 novembre 1943, qui condamna les deux "déserteurs" à mort. La condamnation de Roger Guignard ne fut pas appliquée, le jeune homme ayant dit vouloir gagner Londres pour continuer la lutte. Mais Fleury Lefebvre, lui, âgé de 18 ans seulement, fut exécuté le jour même par des membres du maquis sur les ordres (mais en l'absence) de Langlais dans le bois de la Charbonnière à Corny. Les circonstances de son exécution furent tragiques, ses anciens camarades devenus bourreaux devant s'y prendre à plusieurs fois pour le tuer. Son corps sera retrouvé par un enfant du village, Jean Erisay, alors âgé de 12 ans, le 30 août 1945, près de deux ans après sa mort.

Extrait du registre d'état civil de Corny relatant
la découverte du corps de Fleury Lefèbvre

Brigitte Garin dans son livre "Une famille normande dans la tourmente nazie" cite le témoignage d'une habitante, Germaine Hayet, sur ce drame : "Le pauvre gosse, un ch'timi du nord, n'était pourtant pas dangereux. Il ne cessait de dire en pleurant "Je veux retourner chez mi ! Je veux retourner chez mi !". Mais de crainte qu'il ne dénonce le camp, l'un des maquisards le tua froidement.". Monsieur Jean Erisay, qui découvrit, enfant, le corps du jeune Lefèbvre en août 1945, racontait lui aussi que le jeune homme avait été exécuté de peur qu'il dénonce les maquisards. Alors qu'il est plus probable qu'il fut exécuté parce qu'il refusait de cautionner les agissements malhonnêtes de son chef.

Peu après l'exécution tragique du jeune maquisard, Langlais quitta la région pour diriger un nouveau maquis en Seine et Marne, sans oublier de prendre avec lui ce qui restait de l'argent récolté pour financer le maquis de Corny... Il entra alors en concurrence avec un autre maquis sur place et finit chassé de la région. Sa compagne, Ginette Doyen, fut arrêtée par des maquisards et leur aurait déclaré être membre de la Gestapo, comme Langlais, ce qui lui valut d'être fusillée. 

Maurice Langlais s'en sortit lui, on ne sait pas comment ; il passa devant un tribunal d'Evreux en 1947 pour une simple escroquerie, puis on perd sa trace jusqu'à son arrestation à Rouen en avril 1949 et la plainte déposée par Auguste Lefebvre, père de Fleury, pour assassinat. Son procès se tient finalement aux assises de l'Orne à Alençon, le 19 novembre 1952. 

Poursuivi pour complicité d'assassinat, vols et escroqueries, il fut condamné le 21 novembre 1952, 9 ans presque jour pour jour après l'exécution du jeune Fleury Lefebvre, à 15 ans de travaux forcés et à l'indignité nationale. Il mourut à Sotteville les Rouen en 1981. 

L'Impartial du 29 novembre 1952
relatant le verdict du procès

 

Cet article est dédié à la mémoire du jeune maquisard Fleury Lefebvre (1925-1943)

 


17 juillet 2026 : Complément d'information

J'ai pu consulter un dossier conservé au Service Historique de la Défense à Caen qui, s'il n'apporte pas un jour nouveau sur l'assassinat du jeune Fleury Lefebvre, contient des informations complémentaires qu'il serait gênant de ne pas ajouter à celles sur lesquelles j'ai appuyé mon article ci-dessus. 

Couverture du dossier d'archives coté AC 21 P 365 709
au Service Historique de la Défense de Caen

Le dossier conservé aux archives porte la référence 21 P 365 709 et porte spécifiquement sur le jeune maquisard victime du jugement de Marcel Langlais.  Une lettre de la sous-préfecture des Andelys en date du 31 août 1951 fait mention de l'avis du procureur de la République des Andelys sur l'affaire qui se résume ainsi : "Langlais reprochait à Lefebvre son indiscrétion et une tentative de désertion. Il semble plutôt que Langlais ait voulu supprimer un témoin de ses agissements". Le procès de Langlais à la Cour d'assises de l'Orne en novembre 1952 confirmera cette version des faits. 

Il existe toutefois dans ce même dossier une autre lettre, signée cette fois Marcel Baudot, grand résistant ébroïcien et chef des FFI de l'Eure en 1944 qui, pour refuser la demande faite par le père de Fleury Lefebvre, Auguste Lefebvre, d'attribuer la mention "Mort pour la France" à son fils, avance les arguments suivants : "(...) le jeune Fleury après avoir donné son adhésion au Maquis [de Corny] l'avait soudain abandonné alors que celui-ci se trouvait directement en but à l'action de l'ennemi. La désertion de Fleury fut suivie de plusieurs arrestations parmi les unités qui travaillaient de concert avec le maquis de Corny." Marcel Baudot poursuit en indiquant que Langlais avait eu l'accord de ses supérieurs pour juger puis exécuter le jeune Fleury Lefebvre. Il indique également que Langlais fut amnistié de sa condamnation sur intervention de lui-même et d'autres responsables du "Tigre pensif". Pas un mot dans cette lettre sur l'escroquerie aux bons de souscription pour la libération, ni les milliers de francs avec lesquels Langlais partait faire la fête à Paris, pas plus que sur ses agissements en Seine et Marne et sa supposée connivence avec la Gestapo. 

Ce témoignage d'une personnalité éminente de la résistance euroise vient contredire tous les autres récits rapportés : celui du procureur de la république des Andelys rapporté plus haut. Celui de M. Jean Erisay qui découvrît le corps du jeune maquisard en 1945 et qui évoquait une exécution motivée par la crainte que Fleury Lefebvre ne déserte et ne parle aux autorités, mais jamais pour des dénonciations avérées. Celui, encore, de Mme Brigitte Garin qui fait effectivement mention dans son ouvrage d'une désertion suivie d'arrestations en novembre 1943, mais d'un autre maquisard et non de Fleury Lefebvre. Celui enfin de cette contemporaine des faits, Germaine Hayet, qui elle aussi parlait de craintes de dénonciations. 

Il est impossible d'établir avec certitude des faits remontant à plus de 80 ans et qui se sont passés dans l'une des périodes récentes les plus sombres et troublées de l'histoire de notre pays et de notre région. Toutefois, je pense que le danger que représentait un enfant de 18 ans, seul et éloigné de tous ses proches, sans doute terrorisé par la situation dans la quelle il s'était mise, en étant notamment le témoin involontaire des agissements malhonnêtes et avérés ceux-là de l'auto-proclamé général Langlais aurait peut-être pu être réduit par un encadrement plus compétent, sans aller jusqu'à l'extrémité de cet assassinat lâche et cruel. 

Je renouvelle donc ici ma dédicace à la mémoire du jeune maquisard Fleury Lefebvre (1925-1943)

mercredi 7 mai 2025

René Chatelain (1921-1945)

C’est en tournant les pages du registre d’état civil de l’année 1921 pour le village de Corny que l’on découvre un acte de naissance marqué de la mention suivante :  

Mort pour la France le
25 septembre 1945 à  
Fraulautern (Allemagne)

Cette mention apparaît sur l’acte de naissance de René Chatelain, que nous allons évoquer dans cet article, à la veille des commémorations des 80 ans de l’armistice du 8 mai 1945.

René Marcel Jules Chatelain est né le 10 juillet 1921 à Corny, hameau de Frenelles, de Roger René Chatelain, né à Poissy en 1897 et de Madeleine Plaisant née à Corny en 1902. Madeleine Plaisant nous est connue par une carte postale évoquée dans cet article : elle est l’une des trois filles Plaisant photographiées dans plusieurs endroits du village par Alphonse Lavergne de Vernon pour ses éditions de cartes postales au début du XXe siècle.  

Si René Chatelain est bien né à Corny, il est très probable qu’il n’y ait pas vécu très longtemps. Né en juillet 1921, il n’apparaît pas dans le recensement de Corny de 1921 où ses deux parents sont listés seuls au hameau de Frenelles. En consultant le recensement de Gisors de 1936 où la famille finira par s’installer, on peut suivre en partie ses mouvements dans les années 1920, sans doute au gré des emplois proposés au père de Réné, Roger Chatelain, signalé dans les recensements comme journalier, maçon puis ouvrier des Ponts et Chaussées.  

Ainsi après René, 3 autres enfants naissent : Jeanine en 1924 à Pont-Audemer, Serge à Boisemont en 1931 (on retrouve en effet Madeleine Plaisant avec ses enfants mais sans son époux chez ses parents Jules et Berthe Plaisant sur le recensement de Boisemont de 1931) et Jack à Louviers en 1933.   

Les archives militaires au Service Historique de la Défense (SHD) de Caen conservent un “dossier de décès”, qui contient entre autres documents le compte rendu des circonstances du décès de René Chatelain rédigé par l’un des soldats qui l’accompagnait sur cette mission, à Fraulautern, petite commune située à quelques kilomètres de Sarrebruck, près de la frontière franco-allemande :

@ Service Historique de la Défense, cote 21P 43052

 

René Chatelain était un jeune Sergent engagé au 1er Régiment d’Infanterie pour réaliser des opérations de déminage depuis octobre 1944. Il n’en était pas à son premier engagement pour la libération du pays, et les archives conservées au SHD de Vincennes nous en disent un peu plus sur ses années de guerre. On trouve en particulier ce formulaire de demande de citation militaire rédigé par ses supérieurs :

@ Service Historique de la Défense, cote 16P 123480

 

René Chatelain épouse le 13 avril 1943 Armandine Danieau au Perrier, en Vendée. C'est ce dernier lieu de résidence au moment de son incorporation qui fut pris en compte par les autorités militaires et c’est donc sur le monument aux Morts de cette petite commune qu'est gravé le nom de René Chatelain. On le retrouve aussi sur le monument aux morts de Gisors, où ses parents, on l'a vu, étaient établis, au milieu des noms des soldats morts entre 1939 et 1945.

Dans la tombe familiale de la famille Chatelain au cimetière de Gisors sont enterrés la mère de René, Madeleine Plaisant, morte en 1939, son père Roger Chatelain, mort en 1987, et sa 2e épouse Lucie Tassus morte en 1961. La pierre tombale, sans doute refaite dans les années 1980, porte la mention “René Chatelain, Mort pour la France”, ainsi qu’une plaque avec la mention “Regrets” en vis à vis de cette photographie du jeune homme : 

Près de 80 ans après sa disparition, rendons-lui hommage ici. 

 


Au fur et à mesure de la libération des territoires du joug nazi, le déminage occupa de nombreux soldats alliés et prisonniers allemands de 1945 jusqu'à la fin de l'année 1947. "Il y eût au moins 1 800 démineurs morts parmi les Allemands et 500 du côté français. Le nombre de blessés est difficile à évaluer, alors que les séquelles des blessures étaient très invalidantes (membres arrachés). " (source : https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/le-deminage-de-la-france-apres-1945)
 

jeudi 29 août 2024

Il y a 80 ans...

 

Humber MK (équipage 3 hommes) de la 15ème division d'infanterie écossaise.
Photographie Jean Gaspoz

 

... le 29 août 1944, sous une pluie battante, le village de Corny accueillait ses libérateurs d'abord sur la route de Fresne, par un convoi arrivant de Muids, qui rejoignit bientôt un autre convoi arrivant des Andelys par la RD 316. 

Alors que l'Impartial a sorti vendredi 23 août 2024 un numéro spécial avec de nombreux et émouvants témoignages sur la libération de notre région, l'AALEC avait choisi le 18 mai et la manifestation "Pierres en lumière" pour commémorer ce moment important de l'histoire de notre village. 

L'exposition "Un village dans la guerre" présentée à cette occasion dans l'église avait consacré un panneau à l'un de nos témoins, Jean Erisay (1932-2021) qui avait tant œuvré pour la mémoire de ces événements. 

Retrouvez ici ce panneau. 

dimanche 19 mai 2024

Merci !

Merci à tous ceux et toutes celles qui nous ont rejoint si nombreux samedi soir pour un beau moment de mémoire et de convivialité autour de l'histoire de notre village et des vieilles pierres de notre église !

Toute l'équipe de l'AALEC vous remercie pour votre participation à cet évènement et vous dit à bientôt pour de prochaines animations !




mardi 14 mai 2024

Samedi 18 mai 2024 - 20h30 devant l'église - Corny en lumières

Nous vous donnons rendez-vous ce samedi 18 mai à partir de 20h30 pour un son et lumières autour de la libération du village de Corny devant l'église. 

L'exposition "Corny, un village pendant l'occupation" sera présentée dans l'église dès 20h30, et à partir du coucher du soleil, une animation se tiendra autour de l'église. Au programme, un récit des grandes étapes de la guerre à Corny, avec chansons et sons radios de l'époque, le tout illustré par une projection de photographies et documents, ainsi que par l'illumination de l'église. Des élèves de l'école de Boisemont entonneront le chant des partisans.

A l'issue de l'animation, une marche aux flambeaux sera proposée pour se rendre à l'entrée du village route de Fresne, là où entrèrent, le 29 août 1944, les blindés de la 15e division d'infanterie écossaise, et non loin du site où se réunissaient les membres du Maquis de Corny. Un verre de l'amitié sera proposé dans la salle des fêtes pour clore la soirée. 

Nous vous espérons nombreux pour participer à ce moment de mémoire !

lundi 7 novembre 2022

Camille Cercelot (1884-1914)

Monument aux morts de Cuverville
Monument aux morts de Cuverville

Le monument aux morts de Cuverville rend hommage pour la "grande guerre" à un cornilien de naissance, Camille Cercelot. 
 
Camille Maximilien Félicien Cercelot naît le 9 juin 1884 à Corny. La famille Cercelot est présente dans les registres de Corny depuis 1831, avec Félix Cercelot, l'arrière grand-père de Camille, décédé en 1840, déclaré comme "journalier" au recensement de 1836. Son fils Félix Alexandre, né en 1817 apparaît ensuite dans les registres, puis Félix Alexandre Angelbert, né en 1855, le père de Camille. Angelbert Cercelot sera membre du Conseil Municipal de Corny pendant de nombreuses années, à la suite de son père Félix qui l'y avait précédé. Il sera élu adjoint au maire Emile Raban en 1896.
 
Camille est le deuxième enfant du couple que forment Angelbert Cercelot et son épouse Angélina Guérin (aussi appelée Benjamin, comme en témoigne le caveau présent dans le cimetière de Corny) : ils se sont mariés le 20 juillet 1880 à Harquency, d'où Angélina était originaire. Le couple a eu un premier enfant, Émile, né deux ans plus tôt. 
 
Camille Cercelot épouse Henriette Augustine Prelle le 31 juillet 1909. Née à Paris en 1890, elle est la fille de Jules et Amélie Prelle, qui tiennent le café-épicerie sur la place du village depuis 1907 ou 1908. De leur union naissent deux filles ; le 25 octobre 1910, Madeleine Camille Cercelot, et le 3 avril 1913 Raymonde Marcelle Cercelot. La famille vit à Cuverville, à 8 km de Corny.

Les deux frères seront mobilisés en 1914 : la fiche militaire de Camille (visible sur le site des Archives de la Seine-Maritime) précise qu'il  est mobilisé dès le 1er août 1914, et arrive à son corps d'affection le 4 août. On ignore si son frère est affecté en même temps et au même endroit, sa fiche militaire étant incomplète. 
 
Camille est chasseur à pied, et part de suite au front. Il meurt à l'ennemi le 26 septembre 1914, moins de deux mois après son arrivée au front. Il est tué à Sapigneul, petit village de la Marne, qui aura totalement disparu à la fin de la guerre. Le 26 avant le lever du jour, l'armée allemande attaque les positions françaises, et cet affrontement dure toute la journée. Alors que la guerre des tranchées n'a pas encore commencé, et que l'on se bat donc à découvert, Camille Cercelot fait partie des nombreuses victimes de l'artillerie allemande, ou peut-être des bombardements sur le village.

Angélina Cercelot, veuve depuis le décès de son époux Angelbert le 17 juillet 1914, mène seule la ferme familiale, située près de la marre de l'église, après le départ de ces deux fils pour le front. Son fils Emile sera blessé le 4 avril 1916 à Vaux-Douaumont, "au cuir chevelu, plaie avant bras droit, fracture du radius par éclat d'obus". Il rejoindra finalement l'exploitation familiale en 1917. Henriette Cercelot, l'épouse de Camille, décèdera le 25 novembre 1974, sans jamais s'être remariée.

Carte postale ancienne bataillon de chasseur à pied
Carte postale ancienne : bataillon de chasseurs à pied

dimanche 8 mai 2022

Pascal Désiré Boissel

On trouve dans les archives de la mairie de Corny un document qui évoque la disparition d'un cornilien, bien loin de son village natal, à Constantinople le 7 février 1855. Il s'agit de l'extrait mortuaire de Pascal Boissel, chasseur au 10e bataillon de chasseurs à pied, engagé dans la guerre de Crimée, que les armées françaises, anglaises et ottomanes firent à la Russie de 1853 à 1856. 

extrait mortuaire pascal désiré boissel Corny 27 1855

Pascal Boissel naît à Corny le 2 février 1831, d'un père couvreur en paille, Pascal Boissel âgé de 25 ans, et de Marie-Rose Nourry âgée de 31 ans. Il s'agit du premier enfant du couple, et il est prénommé Pascal Désiré par ses deux parents. Au recensement de 1836, la famille s'est élargie, avec deux enfants Elisabeth et Lubin nés en 1833 et 1834 (il y a une autre sœur née en 1832 Marie-Victoire), et elle vit chez les parents de Marie-Rose Nourry ; Jean-Baptiste Nourry, charron, et son épouse Victoire Letellier. Boissel est un nom de famille présent à Corny, et au même recensement de 1836, on compte 4 autres foyers à ce nom, dont les grands parents du petit Pascal Désiré, Nicolas Boissel, lui-même couvreur en paille, et sa femme Geneviève Mulot.

hôpital militaire Gulhane Turquie
Jardins de l'hôpital Gülhane à Constantinople

En 1853, de fortes tensions existent dans les Balkans et sur les rives de la Mer Noire entre l'empire ottoman, actuelle Turquie, alors en déclin, et la Russie du Tsar Nicolas 1er, qui désire augmenter son influence dans la région, et profiter de la faiblesse de l'empire ottoman pour gagner de nouveaux territoires. Craignant un démantèlement de l'empire ottoman et donc une perte d'influence dans la région, Français et Anglais s'allièrent au Royaume de Sardaigne pour soutenir l'armée ottomane. Afin de mettre fin aux attaques russes, les forces alliées décidèrent de frapper la flotte russe, concentrée dans le port de Sébastopol. Ce combat se déroula de la fin août 1854 jusqu'à l'entrée des troupes alliées dans la ville de Sébastopol vidée des troupes russes en septembre 1855. Si les combats firent bien sûr de nombreuses victimes, les maladies dévastèrent véritablement les troupes. Sur 300 000 soldats envoyés par la France, environ 95 000 meurent sur place. Mais très peu de soldats périssent au combat. Après un hiver 1854-1855 extrêmement rigoureux, les maladies - choléra, scorbut, typhus, fièvres - causent près de 90% des morts dans les troupes. Notre jeune soldat cornilien est mort de "diarrhées chroniques" selon le certificat de décès établi à l'hôpital militaire de Gülhane à Constantinople (Istanbul aujourd'hui) ; il s'agissait peut-être des symptômes du choléra.

Ses parents devront attendre l'été 1855 pour apprendre la triste nouvelle de la disparition de leur fils aîné et, absents des recensements de 1841 et de 1846, il est probable qu'ils n'habitent plus le village depuis plusieurs années déjà.

zouave blessé et une vivandière par Roger Fenton Crimée 1855
Zouave blessé et une vivandière, Crimée par Roger Fenton, 1855 











 

En ce 8 mai, et alors que la guerre fait rage non loin de Sébastopol en ce moment même, avec son lot d'atrocités et de barbarie, rendons hommage à Pascal Boissel, victime innocente de la guerre...

dimanche 20 mars 2022

A monsieur Jean Erisay

Jean Erisay musée Tosny
Monsieur Jean Erisay dans son musée à Tosny
(c) Archives de l'Impartial

Il y a tout juste un an, le 20 mars 2021, disparaissait Monsieur Jean Erisay, à l'âge de 88 ans. Monsieur Erisay était le créateur du musée de la IIe guerre mondiale de Tosny. Ancien habitant de Corny, insatiable historien du vécu et du quotidien, il partageait avec générosité, humour, parfois une touche d'espièglerie, ses souvenirs d'enfance à Corny pendant l'occupation. 

A sa disparition, le musée de Tosny a fermé, et ses collections uniques ont été vendues et dispersées dans d'autres musées ou chez des collectionneurs particuliers, qui tous avec chaque objet perpétueront la mémoire de Jean Erisay. 

Ses filles Catherine et Valérie ont fait don à la Mairie de Corny des documents exposés au Musée qui évoquait le village de Corny. Il s'agit de plusieurs panneaux avec des cartes d'état major, des reproductions de photographies prises par l'oncle de M. Erisay, Jean Gaspoz, et des notes et commentaires de la main de Monsieur Erisay. Ces documents uniques ne sont donc pas perdus, au contraire, des générations futures remercieront Jean Erisay de ce travail de mémoire qui permet de comprendre le passé et, espérons-le, de ne pas le reproduire.

Nos pensées vont à Monsieur Erisay, son épouse décédée peu après lui, ainsi que tous ses proches.

panneau libération Corny eure musée Tosny jean Erisay
Panneau sur le parcours des alliés
avant leur arrivée à Corny, Musée de Tosny

panneau libération Corny eure musée Tosny jean Erisay
Panneau sur le 1er char entré dans le village
de Corny le 26 août 1944, Musée de Tosny

mardi 9 novembre 2021

Hommage à Ferdinand Charles François Besson dit Fernand

Les archives de Corny conservent la copie de l'acte de décès de Fernand Besson, né à Amiens dans la Somme le  28 septembre 1883, et décédé à la tranchée de Calonne le 27 juin 1915, un peu moins d'un an après son incorporation ; voici le lien vers sa fiche militaire (Archives départementales de la Somme).

 
Aucun élément ne permet de penser que Fernand Besson ait jamais connu et encore moins habité notre village. En revanche, ses parents y habitaient sans doute à l'époque où cette copie d'acte a été rédigée, le 22 janvier 1920. Alphonse Alfred Besson et son épouse Marie Ernestine née Metelka se sont mariés le 26 novembre 1885 à Herly, dans la Somme ; à l'occasion de ce mariage ils reconnaissent tous deux le petit Fernand né deux ans plus tôt comme leur enfant légitime. C'est dans ce même département de la Somme que l'on retrouve ce ménage dans le recensement de 1906 à Curchy, puis dans celui de 1911 à Etalon ; la famille s'est bien agrandie et se compose alors de toute la fratrie de Fernand : Georgette, née en 1891 (elle épousera à Corny Georges Rochette le 15 novembre 1919), Alfreda née en 1899, Alfred né en 1902, et la cadette Yvonne née en 1904 (elle épousera le 14 août 1920 un autre frère Rochette, Fernand). 

C'est peut-être en raison de ces deux mariages qu'Alphonse et Ernestine Besson s'installeront à Corny, où ils sont recensés en 1921 avec leurs deux enfants Alfred et Alfreda. Dans ce même recensement, on retrouve ailleurs dans le village au domicile de son époux Georges Rochette leur fille Georgette Besson née en 1891 avec ses deux enfants, jumeaux, Fernande et Léon, né en 1913, et dans une autre maison encore leur fils Charles Besson né en 1886. 

Aujourd'hui encore, dans le cimetière de Corny, la famille Besson est présente sur cette tombe :

S'y trouvent enterrés 3 personnes : Alphonse Besson, né en 1854, père de Fernand, ainsi que son plus jeune fils Alfred avec son épouse Hélène, née Menu. Un portrait d'un homme encore jeune figure sur cette tombe. Il pourrait s'agir bien sûr d'Alphonse ou de son fils Alfred ; toutefois, décédés l'un à 77 ans, l'autre à 59 ans, l'âge du portrait ne correspondrait ni à l'un ni à l'autre. On peut donc se demander si cet homme souriant n'est pas le fils et frère disparu en 1915, dont la tombe se trouve perdue au milieu des immenses cimetières militaires de la Somme : Fernand, mort à 32 ans dans la tranchée de Calonne...

dimanche 2 mai 2021

A la mémoire de Louis Nicolas Malfilâtre (1785-1807)

acte décès Louis Pierre Malfilâtre 27 février 1807 archives mairie Corny 27

Cette année 2021 marque le bicentenaire de la mort de l’empereur Napoléon 1er, décédé dans sa prison de Sainte-Hélène le 5 mai 1821. Les commémorations font polémique, selon que l’on se félicite de l’influence française retrouvée sous le 1er empire, ou que l’on condamne, entre autres, le despotisme guerrier de ce personnage historique.

Un document des archives de la Mairie de Corny nous permet un regard sur cette période, en exhumant le souvenir d’un soldat inconnu et oublié de tous, Louis Nicolas Malfilâtre, né à Corny le 7 février 1785, et mort le 27 février 1807 pendant la campagne de Pologne, à Tannenberg – Olsztynek, à plus de 1600 kilomètres de son village natal.

L’acte militaire de décès, qui se trouve dans les archives de la Mairie de Corny et qui nous permet d’évoquer le jeune homme de 22 ans mort au milieu de cette campagne sanglante, contient quelques erreurs : sur l’orthographe du nom d’abord, on lit Malfillade au lieu de Malfilâtre (on trouve aussi dans les registres de Corny Malfilastre), puis sur l’année de naissance, 1774, alors que Louis Nicolas était né en 1785. 

Napoléon sur le champ de bataille d'Eylau par Antoine Jean Gros (musée du Louvre)
Napoléon sur le champ de bataille d'Eylau
par Antoine Jean Gros (musée du Louvre)

Son décès, dont la cause pourrait bien être volontaire – « décédé hier six heures du matin au village de Tannenberg, par suite d’un coup de fusil qu’il s’est donné lui-même » – est intervenu quelques jours après la sanglante bataille d’Eylau, où l’armée napoléonienne, si elle fut victorieuse, vit 10 000 de ces soldats tués ou blessés, et fit plus de 12 000 morts et 14 000 blessés dans le camp russe adverse ; le maréchal Ney en parcourant le champ de bataille le lendemain déclare lui-même « Quel massacre ! Et tout cela pour rien ! »

Les historiens s’accordent pour dire que, pendant les campagnes du 1er empire, nombreux furent les soldats qui attentèrent à leur vie, tant les conditions de vie et de combats étaient insupportables. L’historien Louis Jacques-ElieMesnier rapporte des témoignages en ce sens : « Il existe un mécontentement général dans l'armée… Nous avons vu des soldats qui se sont donnés la mort devant le général en lui disant : "Voilà ton ouvrage" » ou encore lors de la campagne d’Egypte : « On voit des soldats qui, témoins des souffrances de leurs camarades, se brulent la cervelle ; d'autres se noient dans le Nil. ».

A la veille des commémorations de l’armistice du 8 mai 1945, l’occasion nous est donnée grâce à cette archive de saluer la mémoire d’un soldat inconnu, absent de tout monument, tombé pour une guerre oubliée...

gravure uniforme fusilier du 33e régiment d'infanterie de ligne 1806 - 1807 gravure H Feist

mercredi 11 novembre 2020

Aux femmes de Corny, le village reconnaissant...

affiche 1914 aux femmes de france

Si chaque année l'armistice de la guerre 14-18 est commémoré devant les monuments aux morts, pour honorer, à juste titre, la mémoire des soldats tombés pour la France, le 11 novembre peut être aussi l’occasion de penser et saluer d’autres combats, menés bien loin du front ceux-là ; et notamment celui que menèrent toutes les femmes restées dans les villages et dans les fermes, et qui durent, en plus de leurs autres charges, remplacer la main d’œuvre masculine disparue des champs de culture pour rejoindre les champs de bataille.

Dès 1914, le Président Viviani lance un appel à toutes les femmes françaises, les exhortant à remplacer les hommes, en particulier dans les champs. Son appel, affiché dans les villes et villages, se termine par cette phrase : « Debout ! A l’action ! A l’œuvre ! Il y aura demain de la gloire pour tout le monde ! ». Après la guerre, plus de femmes travailleront, dans les champs bien sûr, mais aussi dans les usines, dans les villes, et peu à peu, leur rôle dans la société de l’après-guerre s’affichera et s'affirmera un peu plus.

délibération 1917 Corny femmes guerre

Dans cette délibération du conseil municipal du 12 septembre 1917, le diplôme départemental d’agriculture est décerné à 3 femmes de cultivateurs du village, pour avoir « vaillamment assuré la charge de la direction de leurs fermes, l’exploitation de leurs terres, en l’absence de leurs maris, de leurs fils, de leurs pères appelés sous les drapeaux ».

Il s’agit d’Angélina ou Angeline Cercelot, dont le fils Camille meurt au combat le 26 septembre 1914, alors que son autre fils, Emile, est blessé par un éclat d'obus en avril 1916, et restera mobilisé jusqu'à la fin de la guerre. Il y eut également Frida Feuqueur, dont le mari Louis Eugène fut incorporé en décembre 1914, intoxiqué au gaz en 1917 et finalement démobilisé en mai 1919. Enfin Marie Rousselin, veuve Sacavin (elle perd son époux en 1902), dut travailler à la ferme de son père sans son fils Marcel, incorporé le 1er septembre 1914 et démobilisé le 19 avril 1919.

Ayons donc aujourd’hui une pensée pour ces trois héroïnes oubliées…

samedi 29 août 2020

76 ans après...

La pluie, présente aujourd'hui comme lors de la libération du village il y a 76 ans, n'a pas découragé les très nombreux visiteurs à venir découvrir les véhicules et reconstitutions présentés par l'Association du Souvenir Français, ainsi que notre exposition, qui n'avait rien de virtuelle cette fois, et qui nous a permis d'échanger avec de nombreuses personnes sur leurs souvenirs ou ceux de leurs parents sur cette période de notre histoire.

Un grand merci a tous et toutes de votre venue aujourd'hui pour entretenir à nos côtés la mémoire de notre village.

photo commémoration libération corny 27 eure

photo commémoration libération corny 27 eure

photo commémoration libération corny 27 eure

photo commémoration libération corny 27 eure



lundi 10 août 2020

Commémorations de la libération du village de Corny

Rendez-vous le 29 août prochain pour retrouver la deuxième version de l'exposition "Corny, un village dans la guerre". 

Cette fois, fini le virtuel, c'est avec un grand plaisir que nous vous accueillerons dans l'église de Corny, dans le respect des mesures sanitaires en vigueur, pour vous présenter notre exposition enrichie des affiches conservées dans les archives de la mairie de Corny. 

Et pour commémorer ce 29 août 1944, jour de libération de notre village, la mairie déléguée de Corny accueillera une présentation de véhicules, matériels et tenues de la 2e guerre mondiale, avec le concours de l'Association de Défense du Souvenir Français.

Et rendez-vous le lendemain pour la fête du village et sa traditionnelle foire à tout, à laquelle l'AALEC comme chaque année participera ! 

Nous vous attendons nombreux !

vendredi 8 mai 2020

Corny, un village pendant l'occupation

Dépôt de gerbe monument au mort corny frenelles en vexin 20 mai 2020

Alors qu'une cérémonie restreinte s'est tenue vendredi 8 mai à 10h30 devant le monument au mort de Corny, nous vous présentons comme promis, l'exposition sur le village de Corny pendant la IIe guerre mondiale. Elle comporte six volets en tout qui suivent au bas de cet article.

Le premier volet porte sur la guerre de septembre 1939 a juin 1940.

Le deuxième volet porte lui sur le rationnement pendant l'occupation.


Voici le troisième volet de l'exposition, qui concerne les réquisitions.


Voici le quatrième volet de l'exposition, qui concerne la police pendant l'occupation.


Voici le cinquième volet de l'exposition qui porte sur la libération du village, le 29 août 1944.

Et voici pour finir le sixième et dernier volet qui porte sur la presse locale pendant la guerre et l'occupation.

Nous vous souhaitons une bonne consultation de cette exposition, qui restera disponible sans limite de temps, et qui n'est qu'un aperçu de celle que nous espérons organiser rapidement, dès que la situation sanitaire nous le permettra !

Pour ouvrir le diaporama dans une nouvelle fenêtre, cliquez au centre du carrés.
Pour naviguer dans le diaporama de l'exposition, vous disposez d'une barre de navigation en bas à droite de votre écran :

barre de navigation calameo
Cliquez sur les flèches pour passer d'une diapositive à l'autre.
Cliquez sur + et - pour zoomer ou dezoomer (ou utiliser la molette de votre souris).
Le dernier bouton à droite permet d'afficher le diaporama en plein écran.

mercredi 6 mai 2020

Rendez-vous ici le 8 mai 2020 !

drapeaux français

Une exposition en ligne sur le village de Corny pendant la IIe guerre mondiale

L’Association pour l’Animation de L’Eglise de Corny (AALEC) avait prévu, pour commémorer le 75eme anniversaire de l’armistice de 1945, d’organiser une exposition sur le quotidien du village de Corny pendant la seconde guerre mondiale, de 1939 à 1945. L’idée était en particulier d’exposer les nombreuses affiches et avis de cette époque qui se trouvent dans les archives de la mairie du village. Ainsi après la cérémonie officelle du 8 mai, une visite de l’expostion aurait été organisé dans l’église, puis dans la mairie pendant le week-end.

Le 16 mars 2020, le confinement a été annoncé, qui a mis un coup d’arrêt à ce projet. L’église reste fermée au public jusqu’à nouvel ordre, les rassemblements interdits, et toute idée d’exposition est oubliée.

Si l’exposition prévue n’aura effectivement pas lieu le 8 mai 2020, elle n’est que reportée, et l’association compte bien la mettre en place dès que la situation sanitaire le permettra, le 29 août par exemple à l’occasion de l’anniversaire de la libération du village, ou bien lors des Journées Européennes du patrimoine par exemple. Et en attendant, L’AALEC propose de découvrir, depuis chez soi, une autre exposition, virtuelle celle-là, en parcourant des documents de plus petit format – lettres, cartes, formulaires, coupures de presse, etc. – tout aussi évocateurs du passé de notre village.

L’exposition virtuelle, intitulée « Un village sous l’occupation », compte 6 grands thèmes :
  1. Un village pendant la guerre – septembre 1939 à juin 1940
  2. Un village rationné
  3. Un village réquisitionné
  4. Un village surveillé
  5. Un village libéré
  6. Dans la presse
Le premier volet sera publié le 8 mai 2020 ici même, puis les 5 autres volets les 5 jours suivants ; ils resteront consultables ensuite sans limite dans le temps.

jeudi 7 novembre 2019

Hommage à Gaston Prelle

Parmi les documents conservés dans les archives de la mairie de Corny, se trouvent deux notes manuscrites concernant un soldat de la guerre 14-18 : Gaston Prelle. Le premier papier a sans doute été punaisé sur un tableau d'affichage, comme en témoignent les trous à chaque angle de la feuille et les couleurs un peu passées : 

Il s'agit de deux citations de ce soldat qui, bien que n'étant pas natif du village, y résidait au moment de son incorporation. 

Citation du soldat Gaston Prelle 1914-1918 Corny EureCitation à l'ordre de la 88e division n° 69 du 17 octobre 1915
Prelle Gaston affecté sur sa demande à une batterie de tranchée et proposé les 25 et 26 septembre 1915 au transport des munitions à travers les boyaux a par son énergique initiative et son ascendant sur ses camarades fortement contribué à assurer le ravitaillement de sa batterie sous un bombardement violent et prolongé.
Comptait antérieurement une blessure de guerre.

Citation à l'ordre du régiment n°28 du 8 novembre 1917
Prelle Gaston téléphoniste courageux et plein d'entrain donnant chaque jour de nouvelles preuves de ses qualités militaires s'est encore distingué pendant les opérations des 23 et 26 octobre 1917.

En octobre 1915, la guerre de position a démarré, et c'est l'organisation des tranchées qui fait l'actualité de cette année de guerre où les deux lignes de front se font face et évoluent bien peu. C'est semble-t-il dans cette nouvelle organisation de ravitaillement des tranchées que le jeune soldat (il a tout juste 22 ans) s'est illustré. Les opérations du 23 et 26 octobre 1917 font elles sans doute référence aux violents combats autour du Fort de Malmaison, sur le Chemin des Dames, dans l'Aisne.

Un deuxième document fait état d'une troisième citation : 

Citation du soldat Gaston Prelle 1914-1918 Corny Eure
Extrait de l'ordre n°109, 20e corps, 39D

28 juillet 1918

Brigadier téléphoniste modèle de bravoure et d'un dévouement sans borne, s'est dépensé sans compter pour assurer la liaison entre la batterie et le groupe pendant un violent bombardement et pour organiser son service dans des conditions particulièrement délicates et malgré de très nombreuses ruptures de lignes.

Cette troisième citation fait peut-être référence aux combats qui virent l'armée française repousser les allemands au nord de la Marne : le 20e corps d'armée était en effet positionné aux environs de Vierzy dans l'Aisne entre le 18 juillet et le mois de septembre 1918.

La famille Prelle était originaire de Paris, où Gaston était né le 12 octobre 1893. On trouve mention des parents de Gaston, Jules et Amélie Prelle, sur les recensements de Corny de 1911, 1921 et 1926 et sur les registres de contributions foncières des années 1915 à 1932 ; ils tenaient un café - épicerie dans le village, situé sur la place du village.

Sur la fiche militaire de Gaston Prelle, il est indiqué que celui-ci résidait à Corny au moment de son incorporation, le 2 août 1914 et de sa libération, le 2 septembre 1919. Gaston Prelle était garçon boucher puis aide-tuyauteur. Il repartit vivre à Paris dès 1921. La dernière mention sur sa fiche militaire fait état de sa réintégration à sa subdivision le 14 septembre 1944 ; il avait alors 51 ans. Gaston Prelle épouse Marthe Brancourt à Paris en 1931, il décède le 21 février 1966 aux Andelys.

carte postale ancienne la vie au front (c) inconnu

lundi 2 septembre 2019

La libération de Corny

C'est le 29 août 1944 que le village de Corny fut libéré de l'occupation allemande.

Il est difficile d'imaginer aujourd'hui ce qu'ont pu être ces heures, qui suivaient sans doute des jours et des nuits de doute, de peur et d'espoir aussi, après le débarquement sur les côtes normandes, et les nombreux bombardements des alliés dans la région.

couverture livre libération 44 dans le Vexin NormandOn trouve quelques informations sur ces journées de l'Histoire de notre village dans un livre intitulé "Libération 44 dans le Vexin normand" de Jac Remise, qui relate l'avancée des troupes alliées dans la région et l'action des résistants dont le maire de l'époque Marcel Dubois, membre de l'état major départemental du réseau de Résistance O.C.M. (Organisation Civile et Militaire) et soutien du maquis de Corny, qui avait opéré pendant quelques mois en 1943 au pied de sa propriété dans les bois tout proches. 

Il y a quelques années, on pouvait encore visiter le musée tout proche de Tosny, crée et animé par M. et Mme Erisay. Ce musée privé offrait une collection unique d'affiches, de costumes, d'armes et de toutes sortes de témoignages et objets de la seconde guerre mondiale, ainsi que des panneaux sur le maquis de Corny et la libération du village.  

M. Erisay (voir cet article), à l'initiative de cette collection, avait connu enfant le village de Corny pendant l'occupation, et ses souvenirs sont la meilleure évocation de ce passé. C'est ainsi qu'il racontait l'arrivée d'un char allemand venu se cacher sous les arbres du pâturage de la famille Sacavin devant l'école, pour ne pas se faire voir des avions alliés. Il continua brièvement sa course jusqu'à la ferme de la Heunière à Boisemont où il déchenilla. L'épave fut retirée des champs au début des années 60...

Char allemand abandonné dans des champs près de la ferme de la Heunière à Boisemont
Char allemand abandonné dans des champs près de la ferme de la Heunière à Boisemont

Les alliés sont entrés dans le village quelques jours plus tard, le 29 août 1944. C'est un blindé de reconnaissance de la 15ème division écossaise qui fit son entrée dans le village, arrivant par Muids et Fresne l'Archevêque, puis arrivant sur la place du village. Les premiers mots des soldats furent "Bochs, bochs, bochs ?...". Deux soldats écossais dans ce blindé devaient malheureusement mourir à quelques kilomètres de là, on trouve leur tombe dans le cimetière de Saussay la Campagne. Il s'agissait de Joseph Denis Roebuck, âgé de 20 ans, et de William Charles Young, âgé de 31 ans.

Blindé écossais arrivé à Corny le 29 août 1944
Blindé écossais arrivé à Corny le 29 août 1944


Tombes des deux soldats écossais au cimetière de Saussay-la-Campagne
Tombes des deux soldats écossais au cimetière de Saussay-la-Campagne


Les jours suivants, de nombreux véhicules traversèrent le village, sous les yeux émerveillés, on l'imagine, des enfants, dont M. Erizay que l'on voit ci-dessous sur un char américain stationné dans le village. C'est l'oncle de M. Erizay, Jean Gapoz, photographe amateur, qui a immortalisé de nombreuses scènes des ces journées qui ont marqué l'histoire du village.

Les enfants de Corny sur un char américain
Les enfants de Corny sur un char américain

V1 exposé dans le Musée de Tosny
V1 exposé dans le Musée de Tosny

Un grand merci à M. et Mme Erisay qui nous avait fourni les photographies anciennes présentes dans ce billet. 

[article mis à jour en février 2026]