dimanche 27 novembre 2022

Les premiers maires de Corny (1875-1925)

estampe président mac mahon 1873
Le Maréchal de Mac-Mahon élu Président de 1873 à 1879
Estampe, BnF - département Estampes et photographie, FOL-LI-59 (8)

Nous continuons et terminons dans cet article la liste des maires de Corny, sur la période 1875-1925 pour ce quatrième et dernier volet. (voir ici le 1er article de la série)


Nous avons, dans le dernier article, laissé le village de Corny en proie à la discorde suite à "l'affaire de Corny"... A l'issue de cet épisode d'histoire municipale agitée, Joseph Leroy dut remettre sa démission au Préfet et fut remplacé par Louis François Bertaut (ou Bertaux - 1810 - 1876) âgé alors de 65 ans. L'adjoint reste Frédéric (Simon) Masson (1815-1897) ; ce dernier est tonnelier et habite au hameau de l'église. On sait qu'il compta parmi les soutiens du maire Joseph Leroy puisqu'il signa la pétition envoyée par 30 villageois pour faire cesser les plaintes contre l'élu au plus fort de "l'affaire de Corny"...

Le maire et son adjoint sont facilement reconduits au scrutin du 8 octobre 1876, mais le 28 décembre 1876, Louis François Bertaux décède. Il faut attendre le 11 février 1877 pour l'organisation d'un nouveau scrutin, et cette fois, c'est Alphonse Lachartre (1824-1904), le rival déclaré et voisin de Joseph Leroy, qui est élu maire, gardant toujours Frédéric Masson comme adjoint. Tous deux sont réélus le 21 janvier 1878.

signatures Larchartre maire Masson adjoint Corny eure

En août 1878, Alphonse Lachartre présente dans une lettre au Préfet de l'Eure sa démission en ces termes : 
« Lorsqu'il y a environ deux ans j'acceptais la charge de maire, j'avais compté que, malgré le mauvais état de ma santé, je pourrais m'occuper des affaires de notre commune à la satisfaction de tous. Des reproches, formulés en termes plus qu'énergiques, m'ont appris que je m'étais trompé.
Aujourd'hui, ma santé, loin de s'améliorer, est devenue telle que mon médecin m'interdit toute occupation, et parle de m'envoyer passer l'hiver sous un autre climat.
Dans ces conditions, je vous prie, monsieur le Préfet, de vouloir bien accepter ma démission.»

On ignore quel différent opposa alors le maire à son conseil ou aux villageois, toujours est-il qu'il est absent de la session ordinaire du Conseil Municipal du même mois, qui est alors présidée par son adjoint. Le 15 septembre 1878, le Conseil Municipal, en présence cette fois d'Alphonse Lachartre, désigne Emile Raban (1844 - 19??) comme maire, en maintenant Frédéric Masson dans ses fonctions d'adjoint. Emile Raban est arrivé dans la commune en juin 1876 pour exploiter la ferme du Manoir de Corny. Son propriétaire est à l'époque Jean Nicolas Alexandre Lacroix (1804-1880), Président à la Chambre de la Cour de Rouen. La ferme du Manoir de Corny a déjà donné plusieurs élus à la commune, avec plusieurs membres de la famille Bertaut, ou encore Jean-Baptiste Mélissent, précédent propriétaire ; François Duhamel, successeur d'Emile Raban à la fin des années 1890 à la direction de la ferme, puis plusieurs membres de la famille Dubois poursuivront cette tradition encore longtemps... 

signatures Raban maire Masson adjoint Corny eure

En 1886, une "erreur" du maire a bien failli lui coûter sa place. En effet, lors des élections d'août 1886, Emile Raban a radié de la liste des électeurs du village son instituteur, M. Gonnet, qui en était parti en mars. Lorsque celui-ci, très au fait du code électoral, se présente au bureau de vote de Corny le 1er août, on lui refuse la possibilité de voter, malgré ses protestations. M. Gonnet porte plainte, et au final, Emile Raban est condamné à lui verser 100 francs de dommages et intérêts ainsi qu'au règlement des dépens du procès. A la demande du Préfet qui va jusqu'à réclamer la révocation du maire fautif, le cabinet du Ministre de l'intérieur refuse la sanction, arguant que l'erreur d'Emile Raban n'est pas si grave, et très courante pour de nombreux élu de petites communes, moins au fait des lois et règlements… Cet épisode est consigné dans le dossier consacré aux élections municipales de Corny aux Archives départementales de l'Eure sous la cote 3 M 644

Emile Raban et Frédéric Masson seront reconduits aux scrutins suivants, jusqu'au décès de Frédéric Masson à l'âge de 82 ans le 26 février 1892. C'est alors Alfred Defontenay (1859-1936) qui devient l'adjoint d'Emile Raban au scrutin suivant, le 15 mai 1892. 

signature emile raban alfred defontenay corny eure

En mai 1896, Angelbert Cercelot (1855-1914) remplace Alfred Defontenay, jusqu'au départ d'Emile Raban : le 1er décembre 1897. Emile Raban présente en effet à cette date sa démission au Préfet de l'Eure : il doit quitter le village et le département pour la Seine et Oise (ancien département correspondant au contour de la région Ile de France aujourd'hui) où il a repris une nouvelle ferme

signature emile raban angelbert cercelot corny eure

Après le départ d'Emile Raban, plusieurs scrutins vont avoir lieu sans parvenir à fixer l'équipe municipale. Le 9 janvier 1898, c'est Alfred Defontenay qui est élu maire, Angelbert Cercelot restant à son poste d'adjoint… Mais le 22 février 1898, Alfred Defontenay envoie sa lettre de démission au Préfet de l'Eure : 
« N'étant pas en complet accord avec les membres du Conseil Municipal, j'ai l'honneur de vous adresser ma démission de Maire de la commune de Corny. »

Qu'à cela ne tienne, nouveau scrutin le 6 mars 1898, qui au 1er tour désigne Alphonse Lachartre, âgé de 74 ans, avec 5 voix sur 8 comme nouveau maire… Mandat que l'intéressé refuse immédiatement du fait de son grand âge… Nouveau scrutin, cette fois, Angelbert Cercelot obtient 4 voix, Stanislas Amaury 3 et Jules Lesueur 1... Pas de majorité, un 3e tour de scrutin a lieu : Angelbert Cercelot et Stanislas Amaury arrivent ex-aequo avec 4 voix chacun. C'est le code électoral qui tranche, désignant le plus âgé des deux, Stanislas Amaury, comme nouveau maire de Corny. Un nouveau vote a lieu à la demande du Préfet le 15 mai 1898, confirmant plus clairement (6 voix contre 3) l'élection de Stanislas Amaury (1838-1915).
 
Signature Stanislas Amaury Corny eure

Stanislas Amaury est charpentier, natif de Saussay-la-Vache, aujourd'hui Saussay-la-Campagne. Il travaille également comme moissonneur à la belle saison, notamment pour la ferme du Manoir de Corny. Il possède à Corny une maison qui fait presque face au Manoir, le long du chemin qui descend vers le Ravin. En 1865, il épouse à Corny Désirée Clémentine Chevalier, et c'est peut-être à cette époque qu'il s'installe au village, dans une maison appartenant à  la famille de son épouse.

Stanislas Amaury est reconduit dans son mandat le 20 mai 1900, avec à ses côtés comme adjoint Alfred Defontenay. Ce dernier est propriétaire de la grande ferme de la Chaumière qu'il a hérité de son grand père Louis Bertaux, celui-là même qui avait succédé brièvement à Joseph Leroy en 1875 à la mairie. Il est clerc de notaire de profession, comme nous l'apprennent les registres de recensement. 

signature alfred Defontenay Corny eure

Au scrutin suivant, Stanislas Amaury ne se représente pas, et Alfred Defontenay se voit élu (par 7 voix sur 10) maire du village au premier tour de scrutin. Et c'est François Duhamel (1868-192.), le successeur d'Emile Raban à la direction de la ferme du Manoir, qui est élu adjoint (par 8 voix sur 10) ; il avait rejoint le conseil municipal en mai 1900.

signature alfred Defontenay françois duhamel Corny eure

Les deux hommes sont réélus au premier tour de scrutin le 17 mai 1908. Le 16 mars 1911, Alfred Defontenay présente sa démission au Préfet, "pour cause de maladie". Peu après, le 7 mai 1911, le conseil municipal vote pour désigner un nouveau maire, et choisit François Duhamel avec 8 voix sur 10, mais celui-ci refuse, et c'est finalement Alfred Defontenay qui reste maire, malgré sa démission, Et François Duhamel son adjoint. En mai 1912, les deux hommes sont à nouveau reconduits dans leurs fonctions.

La guerre 14-18 voit le calendrier des élections municipales (tous les 4 ans à l'époque) bouleversé ; les élections prévues en 1916 n'ont pas lieu, et il faut attendre la fin de l'année 1919 pour qu'un nouveau scrutin soit organisé. Cette fois, François Duhamel ayant quitté son poste à la ferme du Manoir pour aller vivre avec son épouse à Etrépagny, un nouvel adjoint doit être désigné et c'est Alexandre Auguste Goyet qui est choisi. Alexandre Goyet (1858-1935) est originaire d'un petit village de Mayenne, et on ignore l'époque de son installation à Corny ; il est absent du recensement de 1912, mais présent à celui de 1921, puis à nouveau absent à celui de 1926. Il décédera en 1935 à l'hospice Saint-Jacques des Andelys. 

signature Alexandre Goyet Corny eure

Alexandre Goyet quitte le village en 1922 et est remplacé au poste d'adjoint par Victor Hubin (1860-1938), immigrant belge né en 1860 dans le Hainaut et naturalisé français. Il habite au hameau de Frenelles, et est entrepreneur de battage. Il restera adjoint jusqu'à sa mort le 31 octobre 1938 à Corny.


Le scrutin suivant est organisé le 17 mai 1925. Alfred Defontenay quitte enfin ses fonctions de maire, à l'âge de 66 ans, après les avoir occupées 21 ans et avoir siégé au conseil municipal de la commune plus de 30 ans. Il décédera dans sa propriété de Corny en 1936. 

signature Marcel Dubois Corny Eure

C'est un nouveau venu dans le village qui prend sa place, un certain Marcel Dubois, qui restera maire à son tour plus de 20 ans, et marquera l'Histoire de Corny…


Gaston Doumergue, président de la République de 1924 à 1931
(c) Gallica - BnF


La rédaction de ces articles a été possible grâce aux archives conservées dans la mairie du village de Corny, et à la consultation des documents conservés aux Archives départementales de l'Eure sous la cote 3 M 644.

lundi 7 novembre 2022

Camille Cercelot (1884-1914)

Monument aux morts de Cuverville
Monument aux morts de Cuverville

Le monument aux morts de Cuverville rend hommage pour la "grande guerre" à un cornilien de naissance, Camille Cercelot. 
 
Camille Maximilien Félicien Cercelot naît le 9 juin 1884 à Corny. La famille Cercelot est présente dans les registres de Corny depuis 1831, avec Félix Cercelot, l'arrière grand-père de Camille, décédé en 1840, déclaré comme "journalier" au recensement de 1836. Son fils Félix Alexandre, né en 1817 apparaît ensuite dans les registres, puis Félix Alexandre Angelbert, né en 1855, le père de Camille. Angelbert Cercelot sera membre du Conseil Municipal de Corny pendant de nombreuses années, à la suite de son père Félix qui l'y avait précédé. Il sera élu adjoint au maire Emile Raban en 1896.
 
Camille est le deuxième enfant du couple que forment Angelbert Cercelot et son épouse Angélina Guérin (aussi appelée Benjamin, comme en témoigne le caveau présent dans le cimetière de Corny) : ils se sont mariés le 20 juillet 1880 à Harquency, d'où Angélina était originaire. Le couple a eu un premier enfant, Émile, né deux ans plus tôt. 
 
Camille Cercelot épouse Henriette Augustine Prelle le 31 juillet 1909. Née à Paris en 1890, elle est la fille de Jules et Amélie Prelle, qui tiennent le café-épicerie sur la place du village depuis 1907 ou 1908. De leur union naissent deux filles ; le 25 octobre 1910, Madeleine Camille Cercelot, et le 3 avril 1913 Raymonde Marcelle Cercelot. La famille vit à Cuverville, à 8 km de Corny.

Les deux frères seront mobilisés en 1914 : la fiche militaire de Camille (visible sur le site des Archives de la Seine-Maritime) précise qu'il  est mobilisé dès le 1er août 1914, et arrive à son corps d'affection le 4 août. On ignore si son frère est affecté en même temps et au même endroit, sa fiche militaire étant incomplète. 
 
Camille est chasseur à pied, et part de suite au front. Il meurt à l'ennemi le 26 septembre 1914, moins de deux mois après son arrivée au front. Il est tué à Sapigneul, petit village de la Marne, qui aura totalement disparu à la fin de la guerre. Le 26 avant le lever du jour, l'armée allemande attaque les positions françaises, et cet affrontement dure toute la journée. Alors que la guerre des tranchées n'a pas encore commencé, et que l'on se bat donc à découvert, Camille Cercelot fait partie des nombreuses victimes de l'artillerie allemande, ou peut-être des bombardements sur le village.

Angélina Cercelot, veuve depuis le décès de son époux Angelbert le 17 juillet 1914, mène seule la ferme familiale, située près de la marre de l'église, après le départ de ces deux fils pour le front. Son fils Emile sera blessé le 4 avril 1916 à Vaux-Douaumont, "au cuir chevelu, plaie avant bras droit, fracture du radius par éclat d'obus". Il rejoindra finalement l'exploitation familiale en 1917. Henriette Cercelot, l'épouse de Camille, décèdera le 25 novembre 1974, sans jamais s'être remariée.

Carte postale ancienne bataillon de chasseur à pied
Carte postale ancienne : bataillon de chasseurs à pied

jeudi 15 septembre 2022


Ce week-end, pour la 5eme année consécutive, toute l'équipe de l'AALEC est heureuse de vous accueillir dans l'église de Corny samedi 17 de 14h à 17h et Dimanche de 10h à 12h30 et de 14h à 17h pour une visite libre ou guidée, dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine

Et ne manquez pas vendredi 16 à 20h00 le concert de musique irlandaise de l'association Meskañ. 

Entrée libre et gratuite !

samedi 11 juin 2022

François Duhamel


François duhamel (1868-192.) détail carte postale ancienne corny 27François duhamel (1868-192.) détail carte postale ancienne corny 27François duhamel (1868-192.) détail carte postale ancienne corny 27
François Duhamel, entre 1900 et 1910
Détails de trois cartes postales anciennes
 
Le visage et la silhouette de François Duhamel nous sont connus grâce à son nom écrit sur une carte postale ancienne par Mme Marie Thérèse Basset, ancienne habitante de Corny (voir cet article). Grâce aux documents conservés dans les archives de la mairie de Corny et aux registres mis en ligne par les Archives Départementales, faisons plus ample connaissance avec cet ancien habitant de Corny arrivé au village peu avant 1900. 

carte postale ancienne chateau du Landel Bézancourt 76
Carte postale ancienne du Château du Landel à Bézancourt (76)

François Duhamel est né le 15 janvier 1868 à Bézancourt, dans la ferme du Château du Landel qu'occupaient ses parents - Alexandre François Duhamel (1826-1875) et Marie Célina Legoix (1833-1909) - et où ils travaillaient. Il est le neuvième enfant d'une fratrie de 13 au total, et lorsque son père décède prématurément à l'âge de 48 ans, ce sont ses frères aînés (Léon François et Pierre Alexandre) qui aident leur mère à maintenir la famille Duhamel dans sa place et dans son activité à la ferme du Landel. En 1891, le chef du foyer deviendra Pierre Alexandre, succédant ainsi à son père comme fermier du château du Landel. 

Le 16 octobre 1897, François Duhamel épouse à Neuf-Marché, non loin de Gournay en Bray, Rosalie Alexandrine Lancelin, née le 17 juillet 1871. François Duhamel est absent du recensement de 1896, et il est donc probable que c'est après s'être marié qu'il s'installe à Corny avec son épouse. La première mention de sa présence dans le village apparaît à la session de novembre 1898 du conseil municipal qui le désigne comme l'un des 10 répartiteurs du village. 

François Duhamel, sans doute embauché de fait très jeune dans l'activité d'une grande ferme, deviendra à son tour fermier pour le compte d'un propriétaire. Et c'est dans la plus grande ferme du village de Corny, celle du Manoir, qu'il va travailler à la toute fin du XIXe siècle pour son propriétaire d'alors, le Comte Edouard François Patrice De Warren (1871-1962). 
 
Edouard De Warren (1871-1962)
 
Edouard De Warren, riche héritier d'une vieille famille de Lorraine, passe quelques années dans l'armée avant de la quitter suite à un accident de cheval. Installé en Tunisie à partir de 1901, où il dirige un grand domaine agricole, il est probable que le manoir de Corny est pour lui et sa famille un investissement parmi de nombreux autres ; on peut se demander s'il vînt même très souvent à Corny ?...
 
Pour connaître la vie de François Duhamel dans le village, les sources sont multiples. Les recensements d'abord nous révèlent, en 1906 et en1911, qu'il apparaît comme "patron" pour 18 villageois et villageoises ouvriers agricoles ou domestiques. 

Il faut dire que la ferme du Manoir est de loin la plus importante. Dans le registre des mutations foncières, le feuillet consacré à son propriétaire Edouard De Warren compte pas moins de 113 parcelles principalement de terres de labour mais aussi de bois, de vergers, de friches et de bâtiments divers. Les registres de contributions foncières voient apparaître François Duhamel "cultivateur" dès 1898 ; il possède quant à lui seulement 3 parcelles de terres de labour dans le village et aucun bâtiment. Un autre registre d'imposition révèle en décembre 1898 qu'il possède en son nom deux voitures attelées et 12 chevaux, puis un peu plus tard 3 voitures et 18 chevaux et un âne. Il est probablement logé avec son épouse dans une maison du village rattachée à la ferme du manoir, si ce n'est dans la ferme elle-même. 

Le 7 janvier 1899, il déclare à la mairie de Corny la naissance de sa fille Lucie Alexandrine Duhamel ; dans l'acte d'état civil, il est indiqué que le couple réside dans le "Village de l'église", c'est à dire au centre du village. Un deuxième enfant (un garçon) sera déclaré en 1906, mais comme enfant mort-né. La petite Lucie sera l'unique enfant du foyer. 

signature François Duhamel délibération conseil municipal corny 27

Responsable de la plus importante exploitation du village, François Duhamel deviendra logiquement l'un des notables du village. Il rejoint le conseil municipal le 20 mai 1900, dans lequel il se présente comme adjoint mais n'est pas élu, n'obtenant qu'une seule voix. En octobre 1902, il est nommé membre de la commission permanente des statistiques agricoles, comme "membre du conseil municipal et propriétaire agriculteur". Aux élections municipales suivantes, le 15 mai 1904, François Duhamel est élu avec 8 voix sur 10 exprimées comme adjoint au maire, M. Defontenay. Il sera renouvelé dans ce mandat d'adjoint aux élections de 1908 et 1912. En février 1916, François Duhamel est désigné comme représentant du village au Comité cantonal agricole. La dernière fois que le registre du conseil municipal porte sa signature remonte au 27 mai 1916. Il disparaît définitivement de la liste des répartiteurs pour le village en 1919. C'est donc à la fin de la 1ere guerre mondiale que François Duhamel quitte le village de Corny. 

François Duhamel introduira dans les années 1910 l'une des deux premières voitures motorisées à Corny. Il s'agit d'une Delahaye de 1911, modèle 528Y à 4 cylindres, couverte avec capote mobile, semblable à cet exemplaire de collection : 

photographie voiture Delahaye 1911 528Y

Disparaissant des registres de Corny, la famille Duhamel apparaît dans ceux du recensement d'Etrépagny, en 1921 ; François et Alexandrine Duhamel y résident dans une maison de la Grande Rue ; cette fois, François Duhamel se déclare non plus comme cultivateur mais comme "rentier".

Grande rue Etrepagny carte postale ancienne
Etrepagny, Grande-rue, carte postale ancienne

Le passage à Etrepagny est de courte durée et, si l'on ne connaît pas la date exacte, François Duhamel est sans doute décédé dans les années qui ont suivi. En effet, on retrouve en 1926 Alexandrine dans le recensement du village de La Feuillie (76) vivant chez sa fille et son gendre, Raymond Miraux, ainsi que leurs 2 jeunes enfants : René et Lucien. Ce sera la dernière demeure d'Alexandrine Duhamel, qui y décèdera le 9 juillet 1927 à l'âge de 55 ans. Lucie Miraux quant à elle sera victime du tragique bombardement par les alliés de Grand-Couronne le 24 juin 1944.

article journal de rouen juin 1944 bombardement grand couronne
Journal de Rouen, 26 juin 1944

dimanche 22 mai 2022

Merci !

eglise de corny illuminée pierres en lumières 2022

Merci aux nombreux visiteurs qui ont répondu présent au rendez-vous donné hier pour l'animation "Pierres en lumières" autour de notre église ! 

Plus de 90 personnes ont assisté à l'illumination de l'édifice, la projection sur l'histoire du village et de la statuaire de l'église, ainsi qu'à la visite guidée proposée à l'intérieur de l'église. 

Nous vous invitons à retrouver le texte de l'animation dans le document ci-dessous

Texte animation eglise de corny 27 pierres en lumières 2022

dimanche 8 mai 2022

Pascal Désiré Boissel

On trouve dans les archives de la mairie de Corny un document qui évoque la disparition d'un cornilien, bien loin de son village natal, à Constantinople le 7 février 1855. Il s'agit de l'extrait mortuaire de Pascal Boissel, chasseur au 10e bataillon de chasseurs à pied, engagé dans la guerre de Crimée, que les armées françaises, anglaises et ottomanes firent à la Russie de 1853 à 1856. 

extrait mortuaire pascal désiré boissel Corny 27 1855

Pascal Boissel naît à Corny le 2 février 1831, d'un père couvreur en paille, Pascal Boissel âgé de 25 ans, et de Marie-Rose Nourry âgée de 31 ans. Il s'agit du premier enfant du couple, et il est prénommé Pascal Désiré par ses deux parents. Au recensement de 1836, la famille s'est élargie, avec deux enfants Elisabeth et Lubin nés en 1833 et 1834 (il y a une autre sœur née en 1832 Marie-Victoire), et elle vit chez les parents de Marie-Rose Nourry ; Jean-Baptiste Nourry, charron, et son épouse Victoire Letellier. Boissel est un nom de famille présent à Corny, et au même recensement de 1836, on compte 4 autres foyers à ce nom, dont les grands parents du petit Pascal Désiré, Nicolas Boissel, lui-même couvreur en paille, et sa femme Geneviève Mulot.

hôpital militaire Gulhane Turquie
Jardins de l'hôpital Gülhane à Constantinople

En 1853, de fortes tensions existent dans les Balkans et sur les rives de la Mer Noire entre l'empire ottoman, actuelle Turquie, alors en déclin, et la Russie du Tsar Nicolas 1er, qui désire augmenter son influence dans la région, et profiter de la faiblesse de l'empire ottoman pour gagner de nouveaux territoires. Craignant un démantèlement de l'empire ottoman et donc une perte d'influence dans la région, Français et Anglais s'allièrent au Royaume de Sardaigne pour soutenir l'armée ottomane. Afin de mettre fin aux attaques russes, les forces alliées décidèrent de frapper la flotte russe, concentrée dans le port de Sébastopol. Ce combat se déroula de la fin août 1854 jusqu'à l'entrée des troupes alliées dans la ville de Sébastopol vidée des troupes russes en septembre 1855. Si les combats firent bien sûr de nombreuses victimes, les maladies dévastèrent véritablement les troupes. Sur 300 000 soldats envoyés par la France, environ 95 000 meurent sur place. Mais très peu de soldats périssent au combat. Après un hiver 1854-1855 extrêmement rigoureux, les maladies - choléra, scorbut, typhus, fièvres - causent près de 90% des morts dans les troupes. Notre jeune soldat cornilien est mort de "diarrhées chroniques" selon le certificat de décès établi à l'hôpital militaire de Gülhane à Constantinople (Istanbul aujourd'hui) ; il s'agissait peut-être des symptômes du choléra.

Ses parents devront attendre l'été 1855 pour apprendre la triste nouvelle de la disparition de leur fils aîné et, absents des recensements de 1841 et de 1846, il est probable qu'ils n'habitent plus le village depuis plusieurs années déjà.

zouave blessé et une vivandière par Roger Fenton Crimée 1855
Zouave blessé et une vivandière, Crimée par Roger Fenton, 1855 











 

En ce 8 mai, et alors que la guerre fait rage non loin de Sébastopol en ce moment même, avec son lot d'atrocités et de barbarie, rendons hommage à Pascal Boissel, victime innocente de la guerre...

dimanche 27 mars 2022

Histoire de "La Chaumière" (2)

photographie la petite chaumiere corny eure
La "petite chaumière" dans les années 1960, 
l'une des dépendances de la propriété.

A la disparition de Marie Madeleine Adélaïde Mélissent née Canu en 1862, tous les biens sont mis en vente, et la propriété qui nous intéresse, numérotée en 4 parcelles au plan du cadastre 114, 115, 116 et 117, devient la propriété de Louis François Alexandre Bertaux (1810 - 28/12/1876). 

S'il ne l'est pas encore à l'époque de son acquisition, Louis François Alexandre Bertaux deviendra maire pour une courte période après la démission de Joseph Leroy (voir cet article), de juin 1875 à son décès fin décembre 1876. La famille Bertaux (ou Bertault / Bertaut) est présente depuis au moins le XVIIIe siècle au village, principalement comme fermiers du manoir de Corny pour les sœurs du Prieuré Saint-Louis de Poissy, puis après la révolution, pour leur propre compte. Les liens familiaux entre les premiers maires de Corny Pierre Charles Bertaut et Raymond Bernard Bertaut ne sont pas faciles à établir, la généalogie publiée sur cette famille étant très incomplète. 

Louis François Alexandre Bertaux et son épouse Clotilde Romaine Rosine Charpentier sont tous deux natifs de Saint-Germer-de-Fly dans l'Oise. Leur foyer apparaît dès le recensement de 1866 : 

extrait recensement 1866 corny eure
Extrait du recensement de 1866
(Archives de la mairie de Corny)

Étonnamment, c'est le prénom de son père qui apparaît ; François Désiré ; il peut s'agir d'une erreur de l'agent recenseur, l'âge est le bon en tout cas. Le foyer se compose alors des deux époux, et de leur petit fils Alfred Joseph Defontenay. C'est le fils de Rosine Sydonie Bertaux épouse Defontenay, fille unique du couple Bertaux, née le 2 septembre 1836 à Forêt-la-Folie, village situé à 10 km de Corny et qui a épousé en 1855 Louis Joseph Defontenay (1828-1904). Enfin on trouve la domestique de la maisonnée Mélissent, Joséphine Dubus, toujours en poste chez les nouveaux propriétaires. 

En 1872, au recensement suivant, la composition du foyer reste la même. Toutefois, Rosine Sydonie Defontenay, après avoir mis au monde 7 enfants, est décédée, à l'âge de 34 ans, l'année précédente, le 7 avril 1871 à Etrépagny où elle vivait avec son mari. Le recensement révèle aussi que la Joséphine Dubus, est toujours fidèle au poste. Cette fois, elle est âgée de 68 ans.

On retrouve le foyer au recensement suivant en 1876, et en 1882, c'est Clotilde Romaine Rosine Charpentier veuve Bertaux qui vit seule avec sa domestique Joséphine, âgée maintenant de 80 ans...

En 1886, le foyer a changé : son chef est maintenant  Alfred Defontenay (1859-1936?), âgé de 27 ans, "propriétaire et chef de foyer" : en 1880 en effet, son grand-père lui a transmis la propriété par donation. Il vit avec son épouse Gabrielle (née Lescénes), son jeune fils Charles (Charles Paul Raymond Aldabert), âgé de 4 ans (il est né le 30 décembre 1881 à Aubigny dans le Calvados), et sa mère Clotilde. Et, surprise, Joséphine est toujours désignée par l'officier recenseur comme domestique, à l'âge de 84 ans !

Le registre des mutations foncières de 1830 à 1915 conservé dans les archives de la Mairie de Corny est une mine de renseignements sur le nouveau propriétaire Alfred Joseph Defontenay : 

détail mutations foncières corny eure 1830-1915
Registre des mutations foncières 1830-1915
Archives de la Mairie de Corny

On apprend ainsi qu'Alfred Defontenay était clerc de notaire, et non cultivateur comme les occupants précédents. Sur le folio qui le concerne, il n'y a d'ailleurs aucune parcelle de labour, alors que du temps des Mélissent plus de 70 terrains étaient rattachés à la ferme. 
Alfred Defontenay possède une autre petite propriété, possiblement de rapport, de l'autre côté de la place du village, sur les parcelles 170 à 173 de a section B du cadastre :

détail cadastre 1830 corny eure
Détail du cadastre de 1830
Archives de la Mairie de Corny

Alfred Defontenay est impliqué assez jeune dans la vie du village, puisqu'il intègre le conseil municipal dès 1888, alors qu'il est âgé d'à peine 30 ans. Il devient l'adjoint au maire M. Emile Raban en 1892. Enfin, il est élu maire du village en 1904 à l'âge de 45 ans, et le restera jusqu'en 1925. Son fils, Paul Charles Aldabert deviendra quant à lui secrétaire de mairie, comme les recensements des premières décennies du XXe siècle le montrent.

Alfred Defontenay disparaît des registres de contributions foncières en 1936. Il décède en effet le 6 août 1936 à son domicile, à l'âge de 77 ans. Son fils, Charles Defontenay, apparaît encore jusqu'en 1943, date à laquelle on note sur le registre de contributions foncières la mention "parti" au crayon à papier. Il vend en effet la propriété à l'été 1942 à Georges Chefneux, qui l'achète au nom de ses deux enfants Simone et Robert Chefneux. Georges Chefneux deviendra le maire de Corny en 1947, et le restera jusqu'en 1961.  

photographie georges hélène chefneux corny eure
Georges et Hélène Chefneux sur le perron de leur maison
(collection particulière)

C'est à l'épouse de ce maire que je souhaiterais rendre hommage ici pour conclure cet article. En effet, Mme Hélène Chefneux, née Sauer, a fait plus que s'intéresser à l'histoire de Corny. C'est grâce à ses recherches d'historienne aux Archives de l'Eure et dans les vieux papiers de la mairie qu'elle a pu découvrir la statue de Saint-Louis cachée dans la maçonnerie du clocher de l'église. Et c'est sur ses recherches que les articles sur l'histoire des maisons de Corny publiés dans ce blog s'appuient : elle a en effet laissé à ses descendants des carnets de notes détaillant la liste des propriétaires connus pour chaque maison du village. Grâce aux noms relevés, il est possible, avec la multitude de documents désormais disponible en ligne sur les différents sites d'archives et de généalogie, de retracer plus finement l'histoire de ces maisons et de leurs habitants.

feuillet de notes de mme hélène chefneux histoire de corny

dimanche 20 mars 2022

A monsieur Jean Erisay

Jean Erisay musée Tosny
Monsieur Jean Erisay dans son musée à Tosny
(c) Archives de l'Impartial

Il y a tout juste un an, le 20 mars 2021, disparaissait Monsieur Jean Erisay, à l'âge de 88 ans. Monsieur Erisay était le créateur du musée de la IIe guerre mondiale de Tosny. Ancien habitant de Corny, insatiable historien du vécu et du quotidien, il partageait avec générosité, humour, parfois une touche d'espièglerie, ses souvenirs d'enfance à Corny pendant l'occupation. 

A sa disparition, le musée de Tosny a fermé, et ses collections uniques ont été vendues et dispersées dans d'autres musées ou chez des collectionneurs particuliers, qui tous avec chaque objet perpétueront la mémoire de Jean Erisay. 

Ses filles Catherine et Valérie ont fait don à la Mairie de Corny des documents exposés au Musée qui évoquait le village de Corny. Il s'agit de plusieurs panneaux avec des cartes d'état major, des reproductions de photographies prises par l'oncle de M. Erisay, Jean Gaspoz, et des notes et commentaires de la main de Monsieur Erisay. Ces documents uniques ne sont donc pas perdus, au contraire, des générations futures remercieront Jean Erisay de ce travail de mémoire qui permet de comprendre le passé et, espérons-le, de ne pas le reproduire.

Nos pensées vont à Monsieur Erisay, son épouse décédée peu après lui, ainsi que tous ses proches.

panneau libération Corny eure musée Tosny jean Erisay
Panneau sur le parcours des alliés
avant leur arrivée à Corny, Musée de Tosny

panneau libération Corny eure musée Tosny jean Erisay
Panneau sur le 1er char entré dans le village
de Corny le 26 août 1944, Musée de Tosny

mercredi 9 mars 2022

Histoire de "La Chaumière" (1)

Dans cet article, nous nous intéressons à la propriété connue sous le nom de "La Chaumière", bien qu'on n'y aperçoive plus aujourd'hui aucun toit de chaume. Ce nom est plutôt lié à l'association, créée en 1997, qui a fait de cette propriété un centre de vacances puis un centre équestre, dont l'activité a cessé en 2020. Mais pour certains, cette propriété est aussi connue sous le nom de l'Oasis : de 1968 à 1997 en effet, elle a abrité une maison d’enfants (M.E.C.S. ; 30 enfants à Corny), fondée par le docteur Bernard, que l'on retrouve maintenant aux Andelys (Foyer Familial l’Oasis).

La propriété est ancienne, et les murs (à pan de bois ou en brique et silex) de certaines des dépendances remontent aux XVIe et XVIIe siècles, tandis que le logis remonte lui sans doute au début du XIXe siècle. 

terrier de corny eure 1758
"Corny : Seigneuries de Corny, Huval et Lamarette : terrier et plan" (détail),
2e moitié du XVIIIe siècle, Archives départementales de l'Eure (cote 2F/2488)

Comme toujours, le "terrier et plan" de Corny qui date du milieu du XVIIIe siècle nous livre le nom du premier propriétaire connu ; Jean-Louis Guesnier. Sur ce plan, on remarque que la grande bâtisse actuelle n'existe pas encore, mais que de nombreuses autres dépendances, dont on trouve encore tout ou partie, sont représentées. 

terrier de corny eure 1758 détail

Né le 22 septembre 1699 à Château-sur-Epte, commune située à 20 km de Corny, Jean-Louis Guesnier est un receveur pour l'abbaye de Jumièges, puis à partir de 1750 pour l'Evêque de Metz. Il décède le 26 mai 1765 dans le village de Guisenier, berceau présumé de la famille, comme la proximité du patronyme le laisse penser. Il avait épousé en 1728 Marie Anne Bourdon (1693-1775), veuve Belin, qui léguera à sa mort la propriété à sa petite-fille Marie Catherine Lefèvre, née Belin. 

La fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe voient ensuite plusieurs propriétaires se succéder :

Marie Catherine Lefèvre vend en 1794 la propriété à Marin Pierre Lequesne, qui possède de nombreuses autres parcelles dans le village, et qui y loge un fermier, "Chaumont", pour les cultiver.

contibution foncière Corny eure 1796 marin lequesne
Détail du registre des contributions foncières pour
l'année 1796 (Archives de la mairie de Corny)

Son fils François Pierre Lequesne en hérite et vend le tout en 1798 à Louis Charlemagne L'huillier (25/01/1760-25/02/1850), propriétaire résidant aux Andelys et à Paris. Il est possible là encore qu'il s'agisse d'un investissement et que les L'huillier n'habitèrent jamais leur propriété à Corny, pour y placer un fermier. Malheureusement, les registres de contributions foncières manquent pour les premières décennies du XIXe siècle, et on ignore l'occupation exacte de la propriété ; peut-être le fermier Chaumont travaillait-il aussi pour la famille L'huillier ?

Enfin, en 1816, la propriété, ainsi que de très nombreuses parcelles dans le village, sont achetées par Jean-Baptiste Mélissent (1767 ?-14/07/1843), à l'époque maire de la commune de Senneville (aujourd'hui disparue et remplacée par les deux communes d'Amfreville-sous-les-Monts et de Flipou). 

La matrice cadastrale pour les années 1830 à 1915 dénombre au nom de Jean-Baptiste Mélissent pas moins de 77 parcelles dans le village, dont 64 de terres de labours, 4 terres en friche, 3 bois, 2 vergers, 1 jardin et trois parcelles avec maisons et bâtiment. C'est à cette époque l'un des plus riches habitants du village avec la famille Bertaut qui possède la grande ferme du manoir de Corny. 


En 1830, date supposée du plan cadastral le plus ancien conservé aux archives de la mairie de Corny, la propriété a changé par rapport au plan de 1758, et la grande maison d'habitation que l'on connaît aujourd'hui a été construite dans l'intervalle. Il est très difficile de la dater précisément, son architecture correspond aux construction de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. Un indice sur les contributions foncières peut laisser supposer, sans certitude, que c'est à la fin des années 1820 que la construction est achevée. En effet, Jean-Baptiste Mélissent, imposé jusqu'alors sur 18 "Portes et fenêtres des rez-de-chaussée, 1er et 2e étages" est imposé à partir de l'année 1828 sur 48 portes et fenêtres, soit 30 de plus. Cela pourrait correspondre à la nouvelle maison de maître qu'il se serait alors fait construire, et qui compte justement... 30 portes et fenêtres...
 
détail contributions foncières corny melissent 1826-1829
Détail du registre des contributions foncières pour les 
années 1826 à 1828 (Archives de la mairie de Corny)
 
La parcelle sur le plan cadastral ressemble désormais à ceci : la maison principale d'habitation y est représentée au sol en gris, les dépendances en rose : 
 
détail plan cadastre Corny 1830
Plan du cadastre de 1830
(détail - Archives de la mairie de Corny)

Jean-Baptiste Mélissent est une personnalité importante du village, dont il devient le maire de 1827 à sa mort en 1843 (voir cet article ici). Il joue aussi un rôle dans l'arrondissement en siégeant, les dernières années de sa vie, au Conseil d'Arrondissement des Andelys. 

Plus intéressant encore, on trouve dans le Recueil de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département de l'Eure, une communication écrite par Jean-Baptiste Mélissent en 1837, intitulée "Observations sur l'ancienne et la nouvelle culture" (source : BnF - Gallica). Il y fait part de son expérience agricole remontant aux années 1780, alors qu'il devait être un tout jeune homme (14 / 15 ans) et qu'il travaillait sur les terres de son père, sans doute à Senneville.

Les recensements conservés dans les archives de la mairie de Corny montrent le couple en 1836 avec une domestique nommée Honorine Eulalie Legras, âgée de 25 ans, et en 1841 avec 2 domestiques cette fois ; Joséphine Dubus et Frédéric Vaillant. A la mort de Jean-Baptiste Mélissent, c'est sa veuve Marie Madeleine Adélaïde Mélissent née Canu qui va hériter de tous les biens ; on ne connaît pas d'enfants au couple. Elle n'est toutefois plus présente dans les recensements et il est très possible qu'à la mort de son mari elle se soit retirée dans une autre des propriétés du ménage. Elle décède le 15 septembre 1861, à l'âge de 89 ans. Les biens sont alors mis en vente, comme cette annonce publiée dans le journal "Le constitutionnel" du 28 avril 1862 en témoigne : 


On le voit, la liste des biens à vendre est longue, et ne concerne pas le seul village de Corny. Bientôt, un nouveau propriétaire va acquérir la propriété qui nous intéresse : il s'agira de Louis François Alexandre Bertaux...

dimanche 6 février 2022

Les premiers maires de Corny : Joseph Leroy et "l'affaire de Corny" (1860-1875)

famille impériale estampe bnf

  • 1860-1875 : Joseph Marie Leroy (1812 -1883) et Robert Hippolyte Queudray (1827-1867) puis en 1865 Donatien Stanislas Avice (1852-19??) et en 1871 Frédéric Simon Masson (1815-1897) comme adjoints
     
    signature Joseph Marie Leroy Maire de Corny
    signature queudray hippolyte adjoint maire de corny 1860
    signature Avice Donatien adjoint maire de corny 1865
    signature Frédéric Masson adjoint maire de Corny 1871
 
Le 18 août 1860, sous la présidence du maire Jean-Baptiste Abraham Delaisement, le conseil municipal est réuni à l'occasion de la nomination de Joseph Marie Leroy comme maire du village. Joseph Leroy, natif de Suzay, est un riche entrepreneur de route. Dès 1836, il apparaît dans le recensement du village de Corny comme cultivateur avec son épouse Perpétue et son premier fils Joseph. Il vit ensuite quelques années à Boisemont jusqu'à ce qu'il réapparaisse dans les registres du conseil municipal de Corny en 1860. Joseph Leroy installe dans le village une briqueterie en 1869, avec laquelle il construira notamment le "château" de Corny (1870), ainsi que deux maisons à Frenelles et une autre rue Saint-Jean.
 
cachet mairie de corny 27 2nd empire
Cachet de la Mairie de Corny sour le 2nd Empire
(Archives de la Mairie de Corny)

 
Malheureusement, le registre des délibérations des années 1860 à 1874 est absent des archives de la Mairie de Corny, contrairement à tous les autres... On ignore ainsi pourquoi son fils semble lui suppléer sur plusieurs documents  conservés aux Archives départementales de l'Eure en 1870 et 1871.
 
signature Leroy fils maire de Corny 1871
 
On connaît mieux en revanche la fin des fonctions de maire de Joseph Leroy, grâce à un dossier complet conservé aux Archives départementales de l'Eure, sous le titre un peu dramatique de "l'affaire de Corny"...

affaire de Corny

Au terme de son 3e mandat, il semble que les relations entre le maire et une partie de ses conseillers n'étaient pas les meilleures... Le 18 mai 1875, à l'issue d'une séance ordinaire du Conseil Municipal, huit conseillers municipaux rédigent une déclaration commune à l'intention du Sous-Préfet des Andelys, Émile Cotelle, du Préfet de l'Eure Joseph Jean Charles Louis, baron Sers, et du Ministre de l'Intérieur nouvellement nommé, Louis Buffet : "Les conseillers municipaux de la commune de Corny, arrondissement des Andelys, Eure, déclarent que, réunis en session ordinaire, après avoir terminé tout ce qui concernait le budget, l'un d'eux [Alphonse Lachartre] ayant demandé tant en son nom qu'en celui de plusieurs conseillers, à donner lecture d'une interpellation à Monsieur le Maire au sujet des sentes et chemins ruraux de la commune, il lui a été imposé silence, et que sur la protestation de tous les membres présents, Monsieur le Maire, revêtu de son écharpe, les a sommés de quitter immédiatement la mairie. Les soussignés pour rester dans leurs droits n'ont pas cru devoir résister à cet ordre mais ils protestent de toutes leurs forces contre cet abus de pouvoir". Dès le 21 mai, le cabinet du Ministre demande des explications au Préfet de l'Eure.

Il semble en fait que cette séance houleuse ne soit que l'épilogue d'un conflit plus profond et plus lointain entre le maire et une partie de ses administrés...

Aux Archives départementales de l'Eure où ces pièces sont conservées (cote 3M644), tout commence par une lettre envoyée au Préfet par des habitants de Corny (on ne connaît ni leur nombre ni leur identité) qui, à l'issue des élections municipales de novembre 1874, tandis que, contre le résultat des urnes, Joseph Leroy se maintient dans ses fonctions de maire, adressent "en forme de résumé tout ce qu'a fait Mr Leroy pour exciter contre lui la vindicte publique des habitants de Corny". 

S'en suit une longue liste d'abus de pouvoir, de pressions, de confiscations ou punitions arbitraires, de procès intentés, etc. Cet épisode de l'occupation du village par les prussiens est particulièrement édifiant, pour peu qu'il soit avéré (la présomption d'innocence vaut, même cent-cinquante ans plus tard...) : "Février 1871 : La commune de Corny est imposée par les prussiens à leur payer 5 575 francs. Mr le maire fait immédiatement publier au son de caisse une proclamation que si les chefs de famille n'apportaient pas le lendemain matin 25 f par tête d'habitant suivant leur ménage, ils seraient passibles du logement des prussiens, traînés comme otages en Allemagne, ils verraient leurs maisons pillées incendiées. Que lui et son fils payeraient leur part et laisseraient à la merci des prussiens qui n'exécuteraient pas la dite proclamation". Les villageois demandent l'intervention du Préfet pour "nous rendre justice en accordant à notre malheureuse commune un nouveau maire, qui saura rendre le pays heureux et tranquille". Cette pétition des habitants, c'est le Sous-Préfet qui finalement l'adresse au Préfet, en lui demandant la révocation de Mr Leroy, par une lettre du 26 mars 1875.

Toujours à charge contre Joseph Leroy, un certain "Vallangelier" [Paul Honoré, natif des Andelys ?] écrit le 20 avril 1875 au sous-secrétaire d'Etat, lui faisant un rapport peu élogieux de l'administration de la commune par Joseph Leroy : "Depuis quelques temps, Mr Leroy, Maire de Corny, me poursuit incessamment d'allusions malveillantes à l'égard de l'administration de Monsieur le Sous-Préfet, et tout dernièrement encore, dans un café en présence du maître de l'établissement, il disait à haute voix qu'il n'était pas soutenu aux Andelys, qu'on était contre lui, qu'on soutenait le conseil municipal qui est composé de radicaux (ce qui n'est pas). Que l'enquête faite par Mr le Sous-Préfet lui avait donné bien du tourment et occasionné bien des démarches, qu'il était allé à Paris et avait serré la main au Ministre et qu'il resterait quand même et malgré tout maire de Corny. (...) Par suite de tracasseries continues, Mr Leroy en est arrivé à se faire détester dans la commune (...)".

Enfin, la parole est à la défense... C'est d'abord une nouvelle pétition de trente villageois, signataires cette fois, qui "prient monsieur le Préfet de repousser ces plaintes ou plutôt de les faire cesser. Le maire actuel, homme zélé,a toujours rempli pendant 15 années les fonctions [de maire] de cette commune (...) il les continuera avec le même zèle".

signatures villageois de corny pour le maire joseph leroy 1875
Document conservé aux Archives 
départementales de l'Eure, sous la cote 3 M 644

Dans une lettre du 30 mars 1875, le Préfet prend presque fait et cause pour Joseph Leroy, après s'être entretenu avec lui et, en vertu des 15 années passées au service de l'administration, demande au Sous-Préfet une enquête impartiale.

Ensuite l'accusé lui même par une lettre adressée au Préfet le 27 mai 1875 défend son bon droit, justifiant sa conduite pendant la séance du 18 mai. Finalement, le Préfet envoie le 4 juin 1875 la dernière lettre ci-dessous à Joseph Leroy, ce qui clos définitivement l'affaire de Corny

"Vous m'avez spontanément et à plusieurs reprises, offert votre démission de maire de Corny, pensant que par suite des difficultés qui avaient surgi entre vous et votre conseil municipal et de la situation exceptionnelle que vous avaient faite les dernières élections, il vous était impossible de rendre à votre commune les mêmes services que par le passé.
J'ai l'honneur de vous informer que je crois devoir accepter cette démission rendue nécessaire aujourd'hui, non seulement par le résu
ltat de l'enquête provoquée par Monsieur le Sous-Préfet, mais aussi par le dernier incident qui s'est produit au sein du Conseil Municipal de Corny et qui a motivé contre vous une plainte de la majorité des représentants de cette commune.
Je vous remercie du concours que vous avez prêté à [l'administration] et vous invite à remettre les [...] aux mains de M. Bertaut qui doit vous succéder.

Le Petit journal. Supplément du dimanche 10-07-1898
Le Petit journal. Supplément du dimanche du 10 juillet 1898
BnF, Bib
liothèque de l'Arsenal, FOL-JO-904


Lire aussi cet article au sujet de Joseph Leroy.
Lire la suite et fin de cet article ici.