mardi 7 septembre 2021

Edition 2021 des Journées Européennes du Patrimoine

logo journées patrimoine

Les samedi 18 et dimanche 19 septembre se tiennent les Journées Européennes du Patrimoine. L'église de Corny cette année encore répond "présente" à ce rendez-vous de tous les amoureux de patrimoine. Ce sera l'occasion de découvrir le résultat de la campagne de travaux de restauration menée en 2021 sur le clocher et le voûte du Choeur. 

Le samedi 18, un concert de l'Harmonie municipale d'Etrépagny se tiendra dans l'église à 16h00 précises. 

Et tout le week-end, une exposition sur les campagnes de travaux passées, à partir de documents d'archives, sera visible. L'exposition sera également mise en ligne dès le samedi matin sur ce blog.

L'église sera ouverte de 14h à 17h le samedi et de 10h à 12h30 et de 14h à 17h le dimanche. Toutes les informations sont disponibles sur le programme officiel ici.

Suite aux annonces du gouvernement le pass sanitaire ou un test négatif de moins de 48h vous sera demandé.

samedi 17 juillet 2021

Représentations de Saint-Saëns

photographie eglise Saint-Saëns avant 1880
Photographie de Médéric Mieusement (1840-1904)
(c) Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

Pour mieux connaître les représentation du Saint abbé présent dans le retable secondaire du mur sud de l'église de Corny - Saint S(a)ens - il existe en Seine-Maritime un lieu tout désigné ; la petite ville de Saint Saëns. Son église, de style néo-roman, date des dernières années du XIXe siècle. Elle remplace un édifice du XIe et XIIe siècle qui fut en partie détruit par la foudre le 10 juin 1883 ; on voit ci-dessus une photographie prise avant sa destruction. La statuaire avait du souffrir lors de cet évènement, car elle est majoritairement contemporaine de la nouvelle construction, ou plus tardive. A droite de l'entrée du Chœur, on trouve ainsi une grande statue en pied de Saint-Saëns. Il est représenté avec un livre à la main gauche tenant de l'autre son bâton de père Abbé.

statue Saint-Saens Saint Sidoine Seine Maritime 76680

L'église de Saint-Saëns comporte un ensemble de vitraux exceptionnel ; démontés en 1939, ils furent ainsi sauvés du bombardement qui détruisit le clocher en 1940. C'est le maître verrier Max Ingrand (1908-1969) qui les remonta après la guerre et, à cette occasion, créa un ensemble de vitraux pour les verrières hautes de l'église, parmi lesquels le vitrail de "Saint Sidoine" (Ss Sidonius). Parmi ses nombreuses créations, Max Ingrand a aussi réalisé les vitraux de la nef de l'église St-Sauveur du Petit Andely.

Vitrail Saint-Saens Saint Sidoine Sanctus Sidonius Seine Maritime 76680 Max Ingrand

Troisième et dernière représentation de Saint-Saëns, celle que l'on trouve sur une fenêtre de la façade de l'église, signée Jean-Jacques Gruber (1904-1988). Il s'agit là d'un vitrail très moderne, dans le style graphique des années 1950, et qui fut également placé dans cette fenêtre lors de la campagne de restauration de l'église menée entre 1949 et 1957. La verrière évoque clairement la vie du Saint, toujours représenté avec un livre et un bâton. On voit ici un bateau et une baleine, évoquant l'origine irlandaise du Saint et sa capture par des pirates. On trouve également au pied du personnage des moines bâtisseur évoquant la fondation de l'Abbaye, reprise tout en haut de la verrière avec la représentation d'une église et de moines marchant vers un groupe chantant au centre de l'église. C'est un vitrail on le voit particulièrement riche, d'un style très marqué, et utilisant une grande palette de couleurs. 

Vitrail Saint-Saens Saint Sidoine Seine Maritime Jean-Jacques Gruber 76680

Evocations de la mer et de la capture de Saint-Sidoine / Saint-Saëns :

détail Vitrail Saint-Saens Saint Sidoine Seine Maritime Jean-Jacques Gruberdétail Vitrail Saint-Saens Saint Sidoine Seine Maritime Jean-Jacques Gruber 
 
Représentations de l'abbaye fondée par Saint-Saëns au VIIe siècle : 

détail Vitrail Saint-Saens Saint Sidoine Seine Maritime Jean-Jacques Gruberdétail Vitrail Saint-Saens Saint Sidoine Seine Maritime Jean-Jacques Gruber

lundi 24 mai 2021

La statue de Saint-Sens

détail retable secondaire saint-saëns sens sidoine de Jumièges corny eure

Les deux retables latéraux datent du XVIIe siècle, de même que leur statuaire, respectivement une Sainte vierge à l'enfant côté nord, et un Saint abbé côté sud ; Saint-Sens. La statue a été retirée de sa niche, trop fragile pour l'accueillir.

Saint-Sens ou Saint-Saëns est un patron très régional. Son hagiographie officielle nous rapporte que, capturé par des pirates dans son île de naissance l'Irlande, Saëns (ou Sidoine) fut vendu par des pirates comme esclave aux moines de l'abbaye de Jumièges en l'an 644. Ceux-ci achetaient en effet des esclaves pour leur rendre leur liberté moyennant quelques services rendus à la grande abbaye bénédictine. 

Statue de Saint Saëns Sidoine de Jumièges Corny Eure

Saëns / Sidoine décide alors de rester à Jumièges et de devenir moine sous la direction spirituelle de Philibert de Tournus. Si l'on en croit le dictionnaire hagiographique de l'abbé Pétin, "il devînt le modèle de cette communauté, par ses vertus qu'il porta à un plus haut degré encore qu'aucun des religieux".

Il voyage de monastère en monastère et accomplit un pèlerinage à Rome en compagnie du futur Saint-Ouen, archevêque de la ville de Rouen. Après leur retour, ce dernier le nomme abbé d'un monastère situé en haute Normandie, non loin de Rouen. Ce monastère, détruit au IXe siècle lors des invasions normandes, fut à l'origine de la ville de Saint-Saëns. Saëns / Sidoine mourut dans les années 680.

 

La sculpture qui se trouve dans l'église de Corny date donc du XVIIe siècle, et est assez naïve, comme la vierge qui en est le pendant côté nord, contemporaine et de même provenance. Il manque la crosse de l'abbé, qu'il tenait dans sa main droite. Ce baton, qui fût retrouvé à l'occasion de la dernière restauration dont la statue fit l'objet en 1986-88, a disparu. Il avait été confié à l'Atelier Bernard Legrand à Darnétal (76) pour être également restauré, mais il semble qu'il n'ait jamais retrouvé le chemin de l'église...

détail Statue de Saint Saëns Sidoine de Jumièges Corny Eure

dimanche 2 mai 2021

A la mémoire de Louis Nicolas Malfilâtre (1785-1807)

acte décès Louis Pierre Malfilâtre 27 février 1807 archives mairie Corny 27

Cette année 2021 marque le bicentenaire de la mort de l’empereur Napoléon 1er, décédé dans sa prison de Sainte-Hélène le 5 mai 1821. Les commémorations font polémique, selon que l’on se félicite de l’influence française retrouvée sous le 1er empire, ou que l’on condamne, entre autres, le despotisme guerrier de ce personnage historique.

Un document des archives de la Mairie de Corny nous permet un regard sur cette période, en exhumant le souvenir d’un soldat inconnu et oublié de tous, Louis Nicolas Malfilâtre, né à Corny le 7 février 1785, et mort le 27 février 1807 pendant la campagne de Pologne, à Tannenberg – Olsztynek, à plus de 1600 kilomètres de son village natal.

L’acte militaire de décès, qui se trouve dans les archives de la Mairie de Corny et qui nous permet d’évoquer le jeune homme de 22 ans mort au milieu de cette campagne sanglante, contient quelques erreurs : sur l’orthographe du nom d’abord, on lit Malfillade au lieu de Malfilâtre (on trouve aussi dans les registres de Corny Malfilastre), puis sur l’année de naissance, 1774, alors que Louis Nicolas était né en 1785. 

Napoléon sur le champ de bataille d'Eylau par Antoine Jean Gros (musée du Louvre)
Napoléon sur le champ de bataille d'Eylau
par Antoine Jean Gros (musée du Louvre)

Son décès, dont la cause pourrait bien être volontaire – « décédé hier six heures du matin au village de Tannenberg, par suite d’un coup de fusil qu’il s’est donné lui-même » – est intervenu quelques jours après la sanglante bataille d’Eylau, où l’armée napoléonienne, si elle fut victorieuse, vit 10 000 de ces soldats tués ou blessés, et fit plus de 12 000 morts et 14 000 blessés dans le camp russe adverse ; le maréchal Ney en parcourant le champ de bataille le lendemain déclare lui-même « Quel massacre ! Et tout cela pour rien ! »

Les historiens s’accordent pour dire que, pendant les campagnes du 1er empire, nombreux furent les soldats qui attentèrent à leur vie, tant les conditions de vie et de combats étaient insupportables. L’historien Louis Jacques-ElieMesnier rapporte des témoignages en ce sens : « Il existe un mécontentement général dans l'armée… Nous avons vu des soldats qui se sont donnés la mort devant le général en lui disant : "Voilà ton ouvrage" » ou encore lors de la campagne d’Egypte : « On voit des soldats qui, témoins des souffrances de leurs camarades, se brulent la cervelle ; d'autres se noient dans le Nil. ».

A la veille des commémorations de l’armistice du 8 mai 1945, l’occasion nous est donnée grâce à cette archive de saluer la mémoire d’un soldat inconnu, absent de tout monument, tombé pour une guerre oubliée...

gravure uniforme fusilier du 33e régiment d'infanterie de ligne 1806 - 1807 gravure H Feist

dimanche 4 avril 2021

Le Christ en poutre de gloire

christ poutre de gloire corny eure 27

A l'occasion des travaux conduits dans l'église en février 2021, nous avons pu voir de plus près le Christ en poutre de gloire qu'abrite notre église. 

Une poutre de gloire se trouve à l'entrée du chœur de l'église. Autrefois, elle surmontait ou était intégrée au jubé, grille ou élément sculpté qui séparait les fidèles - dans la nef - des prêtres - dans le chœur. On y trouvait dans les premiers temps de l'architecture liturgique la sculpture d'un Christ assis bénissant les fidèles, qui fut ensuite remplacé par un crucifix, parfois entouré d'une statue de la vierge et d'un Saint, ou encore de symboles de la Passion. A partir du concile de Trente (en 1542) mais surtout à la révolution puis tout au long du XIXe siècle, les jubés furent détruits (pour rapprocher les fidèles des officiants) et parfois aussi les poutres de gloire, en particulier lorsqu'elles n'étaient qu'ornementales et ne faisaient pas partie de la structure de la charpente. 

A Corny, la poutre est partie intégrante de la charpente à l'entrée du Chœur. Cette sculpture du Christ, en bois, date du XVIIe siècle ; elle est donc contemporaine des statues de la Vierge et de Saint-Sens des retables latéraux, ainsi que du retable majeur. Depuis le parterre de l'église d'où on l'observe habituellement, la poussière accumulée cache un trésor qui s'est révélé dès que nous avons pu nous en approcher… Cette sculpture conserve de très nombreuses traces de polychromie, vraisemblablement d'origine. 

Le visage d'abord est peint, ainsi que les cheveux. On remarque une peinture noire sur la barbe, les sourcils, les yeux et les cheveux. Puis on voit aussi quelques marques rouges, sur le front et dans les oreilles, symbolisant le sang coulant de la tête du Christ, sur laquelle on distingue encore quelques épines. 

christ poutre de gloire corny eure 27 détail   christ poutre de gloire corny eure 27 détail

On retrouve ensuite cette teinte rouge autour des cinq plaies du Christ : 
les mains : 
christ poutre de gloire corny eure 27 détail  christ poutre de gloire corny eure 27 détail

les pieds  : 
christ poutre de gloire corny eure 27 détail

et pour finir le flanc droit avec la plaie causée par la lance du soldat romain : 
christ poutre de gloire corny eure 27 détail

Enfin on devine quelques traces de bleu et de doré sur la pagne du Christ : 
christ poutre de gloire corny eure 27 détail

On le voit à ces photos, la couche de couleur est très abîmée, et fragile, et une restauration s'avère indispensable pour rendre à cette belle œuvre d'art son état d'origine…

vendredi 26 mars 2021

Jean André Erisay, 1932-2021

Nous apprenons le décès de Monsieur Jean Erisay, survenu dans sa 88ème année. 

Jean Erisay était né le 6 octobre 1932 à Boisemont, et avait passé une partie de son enfance à Corny, en particulier toute la période de l'occupation et de la libération, dont il gardait des souvenirs nombreux et précis. Passionné par cette période, Monsieur Erisay était devenu collectionneur de tous les témoignages de cette guerre qui avait marqué son enfance ; costumes d'époque, armes, véhicules, affiches... Il disait que sa collection avait débuté lorsque, enfant, il passait derrière les soldats allemands ramasser les douilles de munitions tombées à l'endroit de leur entraînement au tir. Il avait partagé sa collection unique en créant le musée de la seconde guerre mondiale à Tosny. Il en avait annoncé l'an dernier la fermeture. 

Monsieur Erisay, qui vivait à Tosny, avait gardé une relation particulière avec le village de Corny, et s'était intéressé à notre association. En 2019, il avait donné une carte postale ancienne et plusieurs photographies pour l'exposition de vues anciennes du village qui s'était tenue en septembre 2019. 

En août 2020 encore, il avait répondu présent à l'invitation de l'association pour la célébration de l'anniversaire de la libération du village et était venu dans l'église de Corny où se tenait l'exposition "Un village dans la guerre". Les photographies prises par son oncle maternel, Jean Gaspoz, qu'il nous avait transmises étaient présentées sur l'un des panneaux. En entrant dans l'église il avait exprimé son émotion de se retrouver dans ce lieu de son enfance et avait évoqué ses souvenirs d'enfant de chœur. 

Photographie par Jean Gaspoz des enfants de Corny
autour d'un char américain. M. Jean Erisay est l'un d'eux.

Nous adressons nos sincères condoléances à Madame Erisay, son épouse ainsi qu'à toute sa famille.

mercredi 17 mars 2021

Histoire du château de Corny (6) Famille Biclet (1926–1948) et Famille Lebougault (1926–1935)

Le château dans les années 30 : 

carte postale ancienne 1930 château corny eure

Cette carte postale date des années 1930, et montre le château après des travaux menés probablement par la famille Biclet : un enduit de fausses pierres meulières recouvre désormais le parement de briques.

Il est difficile de dater précisément cette photographie. Toutefois, l’état du jardin qui n’est pas entretenu pourrait laisser penser qu’il s’agit de la deuxième partie des années trente, après le décès du propriétaire M. Biclet en 1934.

Les personnages au 1er plan pourraient être le cultivateur qui occupait la maison de gardien et les dépendances du château, ainsi que ses enfants (il en avait 9 en 1936) avec peut-être d’autres enfants de l’école toute proche. 

carte postale ancienne 1930 château corny eure  détail


Famille Biclet (1926–1948)

Emile-Henri Biclet naît le 9 avril 1882 à Commequiers dans le canton de Saint-Gilles-sur-Vie en Vendée. Issu d’une famille modeste - son père est facteur - il va, à la suite de ses deux frères aînés, Auguste et Joseph, faire des études d’ingénieurs à l’Ecole des Arts et Métiers d’Angers.  Il épouse Marguerite Saurat à Bourgneuf-en-Retz le 10 septembre 1906.

carte postale ancienne imprimerie Lancey

Auguste Biclet, l’aîné de la fratrie est recruté en 1904 comme directeur général des papèteries Bergès dans l’Ariège, et fait venir ses deux frères Joseph et Emile dans l’entreprise : c’est ainsi qu’Emile Biclet commence sa jeune et brillante carrière de directeur technique. Les usines de l’Ariège se développent considérablement sous l’impulsion des trois frères pour devenir la société des Papèteries de France, dont le siège sera établi à Paris, où la famille Biclet s’installe. En 1925, Emile Biclet, sa femme Marguerite et ses deux filles, Jeanne (née en 1907) et Thérèse (née en 1910), achètent le château de Corny qui devient leur résidence secondaire. En 1927, naît une troisième fille, Geneviève, surnommée Ginette.

Après le passage d’Elisabeth Hugues, les dépendances sont organisées comme une petite ferme, et l’exploitation continue à l’arrivée des Biclet, qui la confient ainsi que la maison de gardien à René Lebougault et sa femme Olga, née Gentès, fille de l’institutrice du village, comme en témoigne les registres de recensement dont celui de 1931 ci-dessous : 

Registre recensement 1931 Corny eure
Recensement 1931 - Archives départementales de l'Eure

Selon les années, les registres fonciers du village de Corny font état de la possession d’1 ou 2 chevaux, et d’une voiture attelée. Monsieur Roland Lebougault, qui était né en 1928 dans la ferme du château, se souvenait de son père allant avec cette calèche chercher la famille Biclet à la gare toute proche de Saussay-la-Campagne (anciennement appelé Saussay-La-Vache), et aussi des sorties que la famille faisait dans cette même voiture dans les rues du village. Madame Geneviève Biclet (« Ginette ») née en 1927, se souvenait encore en 2020 de la traite des vaches à laquelle le petit Roland Lebougault âgé de 5 ou 6 ans l'initiait.

Carte postale ancienne saussay gare 1900

Toujours grâce à Monsieur Roland Lebougault, on sait que la ferme comptait deux chevaux, huit vaches, des cochons et de très nombreuses volailles, que Mme Olga Lebougault préparait pour la famille Biclet lorsqu’elle venait au château. 

M. Emile Biclet occupait des fonctions importantes à Paris, mais cela ne l’empêcha pas de s’impliquer dans la vie du village. Il se présente aux élections de 1929 sur la liste municipale en 4eme position. Il fait même face, lors de la désignation du maire par le conseil municipal, au sortant M. Dubois, qui retrouve sans difficultés son mandat avec 7 voix contre 3. M. Biclet assistera à plusieurs conseils municipaux, jusqu’à sa mort soudaine survenue à Paris le 25 décembre 1934. 

bulletin de vote election municipale 1929 corny eure
Archives de la Mairie de Corny

Marguerite Biclet se retrouve donc veuve fin 1934, et décide de mettre en vente le château, mais il lui faudra attendre 1948 pour s’en défaire, en raison de la minorité de sa dernière fille qui suspend la succession et empêche la mise en vente.

La famille Lebougault quant à elle quittera la maison de gardien et la ferme en 1935 pour aller habiter un peu plus loin dans la rue Saint-Jean, en direction du hameau de Frenelles. Monsieur René Lebougault, souffrant d’une malformation d’un bras et étant soutien de famille (il est père de 9 enfants) ne partira pas à la guerre en 1939. Il décèdera en 1944 du diabète, ne parvenant pas pendant l’occupation à trouver l’insuline dont il avait besoin pour se soigner. 

En 1939, la mairie de Corny reçoit cette lettre de Mme Marguerite Biclet, annonçant qu’en cas d’alerte et, on l’imagine, d’évacuation de Paris, elle se rendrait dans le château avec sa famille : 

Archives de la Mairie de Corny

Il ne semble pas finalement que la famille Biclet soit venue à Corny pendant la guerre. Au contraire, la maison de gardien et le château seront réquisitionnés à plusieurs reprises pour héberger des réfugiés en 1939-40, mais aussi des allemands en 1941-42 (selon Monsieur Lebougault, les soldats venaient du front russe) et au printemps 1944.

Ainsi en mars et tout début avril, des troupes allemandes se sont installées dans le village. Le Château, au même titre que les autres maisons bourgeoises du village, est réquisitionné pour loger des officiers. On trouve dans les archives de la Mairie une réclamation du maire de Corny, M. Dubois, qui signale que dans « trois des immeubles occupés (…) la plupart des meubles pour ne pas dire la totalité sont disparus ».

Il semble que les allemands pendant leurs séjours au château se soient aussi très généreusement servis dans la cave et, qu’ivres, ils aient tiré avec leurs armes un peu partout, laissant des impacts de balle dans les portes d’entrée, d’après les souvenirs de Geneviève Biclet, la cadette des trois filles. 

M. Roland Lebougault se souvenait lui aussi des allemands saouls tirant en l’air dans les rues du village, au grand dam des habitants qui craignaient que les alliés ne les remarquent et ne bombardent le village.

Cette petite annonce immobilière publiée dans le journal « L’œuvre » du 13 novembre 1938 fait peut-être référence au château, en vente pour 15000 Francs, plus les dépendances et le terrain. Une révision du cadastre en 1934 a en effet divisé la propriété en 3 parcelles :

détail cadastre 1934 corny eure

La famille Biclet ne pourra finalement pas vendre le château avant 1948, leur dernière fille Geneviève ayant atteint sa majorité, de 21 ans à l’époque. 

C'est ici que s'arrête cette série d'articles consacrée à l'histoire des premiers propriétaires du château de Corny. Après 1948, il connaîtra encore au moins 6 propriétaires différents, jusqu'à aujourd'hui, où ses propriétaires lui redonnent une deuxième vie ! 

chateau corny eure 2011
Le château en 2011

mardi 9 mars 2021

Travaux dans l'église (fin)

Les échafaudages sont démontés, les ouvriers ont rangé leur matériel, et après un bon ménage de printemps, l'église de Corny va retrouver une nouvelle fraicheur ! 

voûte restaurée église corny 27

Nous avons d'autant plus hâte de vous y accueillir pour partager à nouveau concerts, visites, expositions et ainsi animer comme elle le mérite notre si jolie petite église. 

Rendez-vous bientôt donc, espérons-le, dès que la situation sanitaire nous le permettra ! 

voûte restaurée église corny 27

Merci à Pascal Bernard pour les photographies.

Histoire du château de Corny (5) Elisabeth Hugues (1913–1925)

Premiers travaux au début du XXe siècle

Il n’y a pas de date précise pour cette carte postale ancienne. On imagine que quelques travaux d’embellissement ont été réalisés par un nouveau propriétaire à son arrivée à Corny ; Lucien de Beaumont ou la famille Baron ? 

Outre l’enduisage en blanc des chaînes d’angle en briques et des contours de fenêtres, une nouvelle marquise a été installée, très « début de siècle », avec des courbes qui évoquent celles de l’art nouveau (et des verrières des stations de métro de Guimard à Paris par exemple, qui datent de 1904). Le mur extérieur haut du sous-sol a été enduit lui aussi.


 

 

Elisabeth Hugues (1913–1925)

Elisabeth Hugues est originaire de Lyon où elle est née le 15 septembre 1887. Son père, négociant à Lyon, meurt en 1901. On ne sait pas comment ni pourquoi elle arrive à Corny, mais c’est à l’âge de 25 ans qu’elle devient propriétaire du château.  La première fois qu’elle apparaît sur les registres de contributions foncières, une adresse parisienne est inscrite face à son nom : « 174 Bld Haussmann Paris ».

extrait acte mariage corny 27
Archives départementales de l'Eure
 

C’est dans les registres d’état civil de la mairie de Corny qu’elle apparaît ensuite comme témoin de Gustave Bellenger à son mariage avec Marcelle Plaisant le 19 avril 1913. L’officier d’état civil indique qu’elle est « sans profession ». 

On retrouve Elisabeth Hugues sur les registres de contributions foncières de 1917-1921 et de 1922-1926

C’est ici encore le recensement qui va nous donner quelques informations complémentaires sur les habitants du château : 

Registre de recensement 1921 - Archives de la Mairie de Corny

A l’agent recenseur, Elisabeth Hugues se déclare comme chef du ménage (elle a alors 34 ans), propriétaire, cultivatrice et patron, ce qui pour l'époque, doit être sans précédant dans ce petit village et cette région très rurale. C’est sans doute avec elle que les dépendances du château deviennent une ferme, ce qu’elles resteront encore dans les années à venir.

poulailler 1870 corny 27
Le poulailler de la ferme du château

Elisabeth Hugues a deux frères ; Paul, né en 1876 et André, né en 1877 ; tous deux combattent pendant la guerre de 1914-18 et André, démobilisé en janvier 1919, vient vivre à Corny à partir de juillet 1919, jusqu’au départ d’Elisabeth Hugues du château en 1925.

Elisabeth Hugues apparaît une fois encore en 1923 dans le registre de recensement des chevaux comme « cultivatrice » : elle possède à cette époque un cheval hongre d’1 mètre 59, âgé de 10 ans et appelé Monaco.

Contrairement à Lucien de Beaumont et à la famille Baron, Elisabeth Hugues acquiert en plus de la propriété du château de nombreuses parcelles de terre sur le territoire de Corny. Elle totalise 31 parcelles de terrains, qualifiés de bois, vergers et terres dans le registre des mutations foncières.

En 1924, elle vend une parcelle de terre (A149p) à son frère André, mais cette parcelle est revendue par ce dernier en 1926, probablement à la famille Biclet qui vient d’acheter le château avec les autres parcelles de terre, qui feront de la ferme du château une exploitation de taille relativement importante pour le village.  

C'est de cette famille que parlera notre prochain et dernier article sur les premiers propriétaires du château de Corny...

mardi 2 mars 2021

Histoire du château de Corny (4) Lucien de Beaumont (1904–1907) et Famille Baron (1907-1912)

Après la famille Vanloo, le propriétaire suivant n’est pas aussi célèbre que le grand librettiste Albert Vanloo, et les informations le concernant sont moins fournies. Il s’agit d’un journaliste nommé Lucien de Beaumont.

Son nom apparaît tout d’abord dans les registres de contributions foncières de 1904 à 1907, puis dans un plan daté de 1906, dressé pour la réfection des chemins de la commune : 

plan chemins communaux corny 27 détail
Archives de la mairie de Corny

Lucien de Beaumont n’achète pas l’ensemble des parcelles possédées par les Vanloo-Charbonneaux : il semble ne posséder que la parcelle A79. Le très grand labour qui borde le mur nord de la propriété appartient en 1906 à Angelbert Cercelot, cultivateur à Corny.

Couverture les curiosités de la science

 

 

Lucien de Beaumont est un journaliste dont il reste aujourd’hui deux ouvrages : le livre "les Curiosités de la science" publié en 1901 et "le Cas du vidame", sorte de conte historique pour adultes publié en 1902 dans un recueil intitulé « Contes à Mariani », puis séparément.

 

 

 

Il publie des articles sur les sciences, sous le surnom / pseudonyme de « l’académicien d’Etampes », pendant le dernier quart du XIXe siècle, pour le Figaro et Le Gaulois, entre autres.


 



Famille Baron (1907-1912)

C’est au cours de l’année 1907 que Lucien de Beaumont se défait du château, qui passe à un nouveau propriétaire, François Baron. François Baron, né en 1855, est l’ancien surveillant général de l’asile Sainte-Anne à Paris. Il s’installe à Corny au cours de l’année 1907 avec sa femme Hélène Baron née Galopin, et avec ses deux filles, Gabrielle et Léonie.

Les registres d’état civil de la mairie de Corny gardent le souvenir d’un évènement qui dut faire sensation dans le village. En effet, le 23 novembre 1907 se tient à Corny le mariage de Gabrielle Baron, l’aînée des filles Baron, avec Etienne Clémentel, député-maire de Riom, ancien Ministre des colonies en 1905. Etienne Clémentel a 43 ans en 1907 (Gabrielle Baron en a 25), il est veuf par son premier mariage et divorcé de sa deuxième femme, Marie Duval-Knowles, qu’il a épousé en 1905 et dont il se sépare en 1906.

carte postale ancienne la vie de jeune fille

Vu l’importance du personnage, la presse nationale se fait largement l’écho de cet évènement :
Le journal « Le Guetteur de Saint Quentin et de l’Aisne » du 27 novembre 1907 ne manque pas de marquer dans son titre la réprobation qu’un tel mariage, deux ans seulement après le précédent, peut susciter.

Source : Retronews

Le journal « Le Figaro » du même jour donne quelques précisions sur le déroulé de la cérémonie : 

Source : Gallica
 
carte félix potin Etienne Clémentel

 

Etienne Clémentel devait occuper plusieurs postes de ministre à partir des années 1910 parmi lesquels ceux de l’agriculture (1913), du commerce et de l’industrie (1915-1920) et des Finances (1924-1925). Grand amateur d’art, artiste lui-même, passionné de photographie il fut très amis avec le sculpteur Auguste Rodin (qui réalisa son buste) et le peintre Claude Monet, à qui il allait rendre visite à Giverny. Qui sait si ces illustres artistes furent parmi les convives ?...


 

Photographie de Gabrielle Clémentel par son mari,
Source : RMN

D’après les contributions foncières, la famille Baron quittera Corny en 1912, après avoir marié en octobre 1911 une deuxième fille, Léonie, à la mairie et à l’église de Corny.